La révolution vénézuélienne vue par une ex-inco

libro Chroniques Bolivariennes de Cecile Raimbeau Daniel HerardCo-créatrice des Incorrigibles au début des années 2000, Cécile Raimbeau, reporter indépendante a mis les voiles en 2007, avec son compagnon Daniel Herard, lui aussi journaliste, à bord de leur voilier aménagé en rédaction itinérante. Depuis, ils mènent des enquêtes au long cours autour du monde, en nomades adeptes d’une forme originale de « slow » journalisme (http://bateaubasta.over-blog.org). Fortement intéressés par l’impact de la mondialisation néolibérale et les luttes sociales qui lui résistent, principalement en Amérique latine et en Afrique, Cécile et Daniel se sont penchés sur ce qu’ils appellent la "révolution vénézuélienne"  à travers ces "Chroniques bolivariennes" plongée dans le quotidien des supporters de feu Hugo Chavez.

Vous vivez depuis 7 ans sur un bateau. Quelle est l’origine de cette aventure singulière?

Nous sommes journalistes tous les deux. Daniel est également photographe. Nous avons toujours travaillé en tant que pigistes. Depuis 2008, nous naviguons autour du monde sur notre propre voilier, aménagé comme une rédaction nomade. Jeunes, nous avions déjà bourlingué sur un petit voilier pendant six ans, avant de nous professionnaliser. Puis, nous avons été basés à Paris pendant une dizaine d’années travaillant comme reporters à l’international, principalement en Amérique Latine et en Afrique. C’est à cette période que Cécile a participé à la création des Incorrigibles. Mais il y sept ans, plusieurs facteurs nous ont fait sauter de nouveau dans la grande bleue  : la baisse des salaires de la pige pour les journalistes, la tendance de la profession à réaliser des sujets alimentaires pour payer son loyer parisien, la chute des moyens financiers de nombreux journaux et magazines pour le grand reportage, face à notre besoin inconditionnel de continuer à aller voir se qui se passe dans le monde… Après la publication d’un premier livre en 2006,  "Argentine rebelle, un laboratoire de contre pouvoir" aux éditions Alternatives, nous avons eu envie de continuer à prendre le temps de travailler sur des projets éditoriaux qui nous tiennent à cœur, sans devoir passer par les bourses ou les concours qui soutiennent généralement des projets compatibles avec les idées ou les intérêts des grands médias. Or, un bateau à voiles permet de voyager sans beaucoup d’argent et, comme il sert aussi de maison flottante, il autorise à prendre le temps aux escales de se lancer dans des enquêtes au long cours…

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire votre livre ?

La première fois que nous sommes allés au Venezuela, c’était en 1992. L’image que nous en avons gardée était celle d’un pays dont l’immense population miséreuse vivait dans le mépris d’une bourgeoisie locale ne pensant qu’à son prochain week-end à Miami… En 2002, après l’élection d’Hugo Chavez, nous y avons réalisé un reportage sur la réforme agraire. Nous avions pu constater déjà la forte volonté de justice sociale qui était le socle des réformes de ce gouvernement et la haine que cela inspirait à ceux qui allaient perdre leurs privilèges. Ils tentèrent d’ailleurs cette année là un coup d’Etat contre Chavez… En 2011, puis 2012, à bord de notre voilier, nous sommes restés deux fois six mois au Venezuela. Nous avons d’abord commencé une série de reportages sur l’organisation des assemblées populaires de quartier, des coopératives agricoles et industrielles et de différentes expériences d’autogestion. Tous ces groupes de citoyens utilisaient les moyens juridiques et financiers qu’offrait le gouvernement bolivarien qu’ils soutenaient tout en restant critiques. Ce qui nous a exaspéré, c’était le décalage – plutôt un fossé – entre ce que nous étions en train de voir et ce qui était dit ou écrit dans la majorité des médias occidentaux. Mais peu de journaux en France étaient enthousiastes à publier nos papiers et nos photos  : il ne nous restait plus qu’à réaliser un livre, si l’on voulait être lu..

Comment vous y êtes vous pris matériellement pour mener votre enquête?

Ancré dans une marina publique près de Caracas, notre voilier nous a servi de base. A partir de là, nous avons effectué des voyages en bus dans le pays. Nous avons dormi chez les militants, souvent dans nos hamacs, parfois en couch-surfing. Nous avons auto-financé tout ce travail en vendant quelques reportages, notamment radio, et accessoirement en faisant du charter avec notre voilier, c’est à dire en embarquant le temps de courtes croisières dans les îles des passagers payants

Qu’avez vous appris de la révolution vénézuélienne que vous ignoriez et que sans doute, le grand public et les élites françaises ne connaissaient pas?

Que la révolution vénézuélienne n’est pas imposée par la force par un pouvoir présenté en France comme totalitaire et dictatorial, mais qu’au contraire, elle se construit avec l’aval de la majorité de la population, avec la participation des gens des quartiers via de nombreuses assemblées démocratiques, avec les petits agriculteurs organisés en coopérative, avec les pêcheurs, les  amérindiens, et avec une très importante participation féminine. Nous sommes exaspérés par le traitement médiatique spécieux, notamment en France, des derniers  événements qui présente la situation vénézuélienne uniquement depuis le point de vue très idéologique du secteur le plus radical de l’opposition qui souhaite renverser le gouvernement. Une partie de ces étudiants contestataires était peut-être de bonne foi, au début des événements au
moins, mais tous sont aujourd’hui clairement manipulés par une droite prête à tout pour .en découdre avec un gouvernement démocratiquement élu. Il y a là une inquiétante résurgence des méthodes de la droite putschiste de 2002, avec ses manipulations médiatiques à grande échelle qui n’ont pas peur du mensonge, l’emploi de la violence et d’hommes de main semant la terreur et jetant la confusion dans les responsabilités des tirs, la planification de pénuries par les entreprises de la grande distribution…etc… Ceci dit, malgré ces attaques violentes qu’il subit, il ne faudrait pas que le gouvernement bolivarien se réfugie derrière ses dénonciations de tentatives de coup d’État à son encontre, pour outrepasser les lois, ou amoindrir ses responsabilités dans les sérieux problèmes qui gâtent le quotidien des Vénézuéliens. Ce qui manque encore une fois dans les informations que l’on reçoit, c’est le point de vue et le quotidien de la base chaviste. C’est ces gens que nous avons justement écoutés et racontés dans «  Chroniques Bolivariennes  » pour combler en partie ce manque bien entretenu par les médias.

Comment qualifierez-vous le modèle vénézuélien, sur un plan politique?

Un processus démocratique et pacifique aux contours flous, lent, et quelquefois chaotique, associant une majorité de la population, pour se libérer des politiques néolibérales imposées jusqu’alors par des élites dirigeantes s’étant montrées inaptes à redistribuer les colossaux revenus du pétrole. Pour des milliers de Vénézuéliens qui n’avaient jamais eu droit à leur part du gâteau, le chavisme a enfin représenté une politique inédite d’inclusion, d’accès à un logement décent, à l’éducation, à l’internet, à la santé, au régime de la sécurité sociale ou aux retraites, à des conditions de travail mieux encadrées, à des terres à cultiver, à des crédits bancaires, ou encore à la possibilité de participer directement à la démocratie locale… Bien sur, tout n’est pas au mieux dans le meilleur des Venezuela et Nicolas Maduro, le successeur d’Hugo Chavez, doit encore résoudre de sérieux problèmes : la violence et l’insécurité, la corruption, la bureaucratie, le manque d’emplois stables, la faiblesse de la production nationale, la continuité du modèle économique rentier, l’inflation, la rigidité de la politique de change, ou encore le paroxysme de la polarisation politique… Quoiqu’il en soit, le Vénézuéla est une véritable démocratie effervescente, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire.

Propos recueillis par Eric Delon

http://cecile-raimbeau.info/

http://www.danielherard.info/

http://bateaubasta.over-blog.org/

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pigiste en agence au Burkina Faso

Romaric Hien est pigiste au Burkina Faso. À Paris pour un an dans le cadre d’une formation en géopolitique qu’il auto-finance, il est venu nous rendre visite aux Incorrigibles.

Qui sont tes employeurs au Burkina ?
Je travaille à temps plein depuis 2006 pour l’AIB, l’Agence d’information du Burkina. J’ai donc l’avantage d’avoir un emploi stable, mais c’est très mal rémunéré, je suis obligé de faire des piges en plus. Je rédige pour l’Agence France-Presse régulièrement, et j’ai travaillé pour l’Agence Panafricaine de Presse (PANA, basée à Dakar), pour Xinhua aussi, l’agence Chine Nouvelle, et d’autres supports magazine.

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Pigiste-chômage : mode emploi

Vous voulez en savoir plus sur les démarches auprès de Pôle emploi ? La semaine dernière Ariane Dollfus publiait dans lefigaro.fr une tribune éclairée sur les méandres de l’établissement public : « Les tribulations d’une chômeuse qui ne chôme pas ». Lire la suite

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Profession journaliste: d’Ugly Betty aux Incos, fiction versus réalité

De la fiction décrite dans les séries pour ados à la réalité du métier de journaliste, il y a un monde qu’une collégienne découvre aux Incos.

Dans « Ugly Betty » ou « le destin de Lisa », les journalistes, submergés de travail, courent un peu partout dans leur tailleur Vera Wang et leur costume de haute couture. Ces divertissantes séries américaine et allemande font rêver de locaux « design », de grands bureaux et de building new-yorkais avec tapis rouge au rez-de-chaussée. Elles laissent croire que la presse est essentiellement basée sur la mode, les défilés, les people ! Lire la suite

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Revue de presse d’une inco en herbe

revuepresseAprès le mariage gay, les réacs de tout bord s’attaquent ces derniers jours à l’enseignement de la soi-disant théorie du genre à l’école. Lire la suite

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De quoi vivent les journalistes ?

La Scam a mené l’an dernier une enquête auprès des journalistes pour savoir comment ils vivaient aujourd’hui leur métier. Plus de 3.400 ont répondu ! En voici la synthèse – très instructive -, des problèmes de rémunérations ou de statuts, aux casse-tête administratifs, en passant par la dégradation générale du métier.

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Grégoire Lemarchand (AFP) : "Lorsque quelque chose se passe, cela se traduit immédiatement sur Twitter"

Médias et journalistes ne peuvent plus passer à côté de Twitter sans risquer de passer à côté d’une info. Pour le journaliste à la rédaction en chef chargé des réseaux sociaux à l’AFP (Agence France Presse), cet outil change à la fois tout et rien. Une partie essentielle du travail du journaliste consistant toujours à vérifier et valider l’information. Entretien avec Grégoire Lemarchand.

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