Lutopik, un magazine militant et itinérant

Lutopik

Journalistes indépendants et nomades, Sonia et Guillaume ont fait halte avec leur camping-car dans la cour des Incorrigibles à Montreuil mi-octobre. L’occasion de les interroger sur Lutopik, le magazine qu’ils ont lancé en août 2013. Au printemps dernier, ils publiaient un article sur l’opposition au barrage de Sivens dans la ZAD du Testet, six mois avant la mort de Rémi Fraisse.

Racontez nous la naissance de Lutopik…

Guillaume Clerc: Créer un magazine était un de mes rêves qui a été conforté par mes premières expériences dans la presse. Je trouvais qu’il n’y avait pas suffisamment de place accordée aux sujets importants de société. Ma rencontre avec Sonia a permis de concrétiser ce projet.

Sonia Pignet : J’ai travaillé quelques années dans la presse et moi non plus je ne m’y retrouvais pas. Je voulais vivre en camion, lui voulait créer un journal, on a donc fait un journal en camion !

Quelle est votre ligne éditoriale?

Sonia : Faire ce qu’on aime ! On choisit des sujets que l’on estime pas assez traités dans la presse traditionnelle ou bien sous d’autres angles.

Guillaume : On essaye de ne pas s’arrêter à la critique en mettant en lumière certaines initiatives porteuses d’espoir.

Qu’apporte ce mode de journalisme nomade ?

Guillaume : Cela permet plus d’autonomie. On peut rester dans un endroit le temps nécessaire pour se faire une idée de la situation à décrire, ce qui est impensable pour la plupart des médias. Pour notre premier reportage avec le magazine, nous sommes restés une dizaine de jours dans la ZAD du Morvan et nous y sommes retournés plusieurs fois ensuite. Passer du temps dans un endroit est indispensable pour en ressentir l’ambiance, établir des liens de confiance et discuter avec le plus de personnes possibles.

Qu’est ce qui est le plus difficile dans cette aventure?

Sonia : Tenir le rythme et travailler en couple. Même si nous ne sortons que 4 numéros par an,  cela nous demande beaucoup de travail car nous faisons tout nous-mêmes : la maquette avec l’aide d’une amie graphiste, la distribution auprès des libraires, la gestion administrative et une bonne partie des articles. A chaque numéro, nous avons 3 ou 4 collaborateurs extérieurs mais nous souhaiterions qu’il y en ait davantage.

Guillaume : Nous aimerions dégager un peu plus d’argent pour pouvoir rémunérer convenablement ceux qui participent avec nous au projet. Sans publicités et sans subventions, nous arrivons toutefois à payer l’impression du magazine et même à mettre quelquefois un peu de gazole dans notre camping-car !

Et le plus satisfaisant ?

Sonia : Pouvoir se dire, c’est le journalisme que je voulais faire.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants?

Sonia : Des rencontres. Notamment celle avec Raymond Gurême. Cet ancien forain de 89 ans, sédentarisé, a connu les camps d’internement des Gens du Voyage durant la Seconde Guerre mondiale, dont il s’est échappé pour entrer dans la Résistance. Toujours victime du racisme, mais doué d’une énergie folle, il continue de se battre. Mais aussi celle de Stouff, une jeune femme croisée sur un marché qui nous a invités à prendre une douche et l’apéro. Aujourd’hui, elle dessine pour Lutopik.

Guillaume : Les paysans rencontrés lors de notre numéro consacré aux semences qui luttent contre d’énormes groupes industriels en pratiquant une agriculture respectueuse des hommes et de la terre. Mais aussi de manière plus générale tous les militants qui sacrifient une bonne partie de leur vie pour leur idéal.

Et vos impressions sur Montreuil et les Incorrigibles ?

Guillaume : J’ai beaucoup aimé Montreuil. On sent une forte émulation autour de nombreux projets militants.

Sonia : Appartenir à un collectif de journalistes est une vraie valeur ajoutée. C’est une option qui m’aurait plu si j’étais restée pigiste.

Quel sera le thème du prochain numéro ?

Sonia : La place des vieux dans notre société.

Quand vous n’êtes pas sur la route, où se trouve votre camp de base ?

Guillaume : C’est un lieu de vie de collectif dans une ferme en Franche-Comté. On compte y installer une yourte l’année prochaine.

Propos recueillis par Sabine Casalonga

Pour en savoir plus, lire les derniers numéros ou s’abonner : http://www.lutopik.com/

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