« Les ‘bobos’ sont aveugles à leur statut de dominant »

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Entretien avec deux ex-incos, auteures d’un reportage en BD très drôle et critique sur Montreuil et sa supposée « mixité sociale », réalisé durant les Municipales (http://www.montreuildansmabulle.fr/).

Claire Robert, graphiste indépendante et dessinatrice de presse, habite à Montreuil depuis 2008.

Taina Tervonen, journaliste indépendante spécialiste des questions de société et des enquêtes au long cours, habite à Montreuil depuis 2011.

Vous n’aviez jamais fait de BD ni travaillé ensemble: comment est né ce projet ?

Claire : C’est un projet que j’ai voulu expérimenter après avoir suivi des cours de BD aux Ateliers des Beaux-Arts de la ville de Paris. J’avais envie de travailler avec Taina car je connais son goût pour les histoires des gens, et le temps qu’elle y consacre. Ce qui m’intéressait au départ c’était l’écologie politique. Puis au cours de notre enquête, le personnage principal des Municipales a laissé place à la ville de Montreuil.

Taina : Notre idée était de suivre les Municipales dans une ville où nous allions voter pour la première fois. Au début, je voulais me centrer sur la campagne de Dominique Voynet et comprendre pourquoi elle suscitait autant de critiques. Jusqu’au jour où elle a annoncé qu’elle ne se représentait pas… On a toutefois compris qu’il se jouait quelque chose derrière les antagonismes entre Brard et Voynet, entre les communistes et les écologistes, entre le haut-Montreuil et le bas-Montreuil.Pendant six mois, nous avons rencontré des habitants engagés pour leur ville et les avons interrogé sur la politique locale.

Quels reproches sont faits aux ‘bobos’ ?

Claire : Les habitants du bas-Montreuil sont persuadés d’être dans une mixité sociale mais en fait chacun vit dans son quartier. En tant que dessinatrice de presse, je m’intéresse à l’hypocrisie. Le beau discours du ‘on est tous frères’ de Montreuil ne représente pas la réalité d’une violence sociale liée à la gentrification. Ce que j’aimerais c’est que les ‘bobos’ du bas et les ‘prolos’ du haut puissent se rencontrer et s’enrichir mutuellement, que les premiers lisent Karl Marx et les seconds Pierre Rabhi.

Taina : On a l’impression que les ‘bobos’ -dont nous faisons partie- sont aveugles à leur statut de dominant. Tous adorent Montreuil pour sa ‘mixité sociale’ et regrettent en même temps que le mélange ne se fasse pas. Leur arrivée, en tant que membres d’une classe sociale plus élevée, change la ville marquée par son héritage communiste. Ils ont accès à des services municipaux de qualité (piscine, bibliothèque) sans avoir conscience que ce sont les fruits d’une longue politique sociale. Voynet a voulu combler ce fossé, mais cela n’a pas pris, probablement en raison d’une attitude arrogante qui renforce les liens de domination.

Comment avez-vous travaillé?

Claire : Nous avons rencontré une vingtaine de personnes, de manière informelle, dans les cafés et les écoles. Puis, nous avons essayé de mettre à jour l’hypocrisie et les paradoxes des discours, quitte à les exagérer. Les personnes, souvent hautes en couleur, ne sont toutefois pas reconnaissables, une jeune femme pouvant apparaître sous les traits d’un barbu.

Pourquoi avoir consacré un chapitre entier à l’école publique?

Taina : On y est arrivé par la question de la mixité sociale. Les instits nous ont parlé d’abandon de certaines classes populaires, dès le CP. Ce qui est terrible, c’est qu’ils savent ce qu’il faudrait faire mais n’ont pas assez de moyens.

Claire : Le personnage qui m’a le plus marqué était le remplaçant de l’éducation nationale. Sa vision était très noire, sans espoir et il avait honte de ne pas pouvoir exercer son métier comme il le devrait. C’est une situation de souffrance au travail avancée.

Pourquoi les habitants du haut-Montreuil ne sont-ils pas représentés?

Claire : Etant nous-mêmes ‘bobos’, je pense que notre regard aurait été biaisé.

Taina : Des questions de légitimité et d’ordre pratique se sont posées. Nous avons fait le choix de rester dans le bas-Montreuil où nous avions déjà des liens. J’aimerais cependant creuser le sujet de l’école dans le haut-Montreuil.

Que pensez-vous de la BD comme média?

Claire : La BD a un capital sympathie. Les gens répondent facilement car ce n’est pas pris très au sérieux.

Taina : J’ai été impressionnée par le pouvoir de la BD pour faire passer des informations complexes, avec un ton différent de l’écrit.

Comment votre BD est-elle diffusée ?

Claire : Pour l’instant, elle circule sur les médias sociaux. Un éditeur montreuillois s’est également dit intéressé.

Propos recueillis par Sabine Casalonga

www.clairerobert.org

Blogs de Taina

www.alberomio.comwww.courrierinternational.com/webdoc/trnopoljefilsdelelivre.wordpress.comdesmotsdesphotos.wordpress.com

Une autre histoire sur Montreuil par Taina

http://alberomio.wordpress.com/2014/04/03/montreuil-ma-case/

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Classé dans La vie de la presse, La vie des Incorrigibles

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