Le doux rêve du pigiste auto-entrepreneur

C’est comme un bruit de fond, juste un murmure qui avance à petits pas. Tranquillement mais sûrement. Le journaliste pigiste, salarié au même titre que ses confrères et consœurs en poste, pourrait très bien s’accommoder d’être auto-entrepreneur. Si, si, je vous assure…

Cela a commencé avec le lancement de ce nouveau statut lorsque la profession de journaliste avait été inscrite dans la liste des activités éligibles par le secrétariat d’Etat au Commerce. Il avait fallu l’intervention de plusieurs syndicats pour rappeler le droit, à savoir le salariat de tous les journalistes professionnels. Pigistes y compris.

L’affaire s’était donc un peu calmée. Mais voilà que ressortent, en douceur et sans faire de bruit, comme des tentatives de convaincre que, malgré tout, auto-entrepreneuriat et pige peuvent parfaitement cohabiter. Ainsi, la vénérable Apec (merci à la liste Piges pour l’info !). Non contente de se séparer de son titre phare Courrier Cadres dans des conditions plus que légères, elle explique sur son site Internet ce qu’est un journaliste pigiste. On peut y lire :

Certaines évolutions sont plus subies que choisies à l’image du statut de pigiste. Ce statut permet à un journaliste de travailler pour plusieurs supports sans être salarié.

Voici donc le pauvre pigiste dépouillé de son statut de salarié, de ses fiches de paie et de son lien de subordination avec sa rédaction en chef. Erreur ou petite tentative de persuasion que, finalement, le salariat, c’est pas si important que ça ? Les pigistes qui tentent actuellement d’intégrer les clauses de cession ouverte après des rachats (Courrier Cadres, La Tribune, etc.) apprécieront…

Mieux, ou pire, voilà que c’est la profession elle-même qui enfonce un peu plus le clou. Ainsi, naviguant sur le site Journalisme.com à la recherche du programme des prochaines Assisses du journalisme, je tombe sur le détail de la prochaine manifestation qui se tiendra à Strasbourg du 16 au 18 novembre 2010. On peut y lire le titre d’un atelier :

Journalistes pigistes, journalistes auto-entrepreneurs.
Piges, droits d’auteur, auto-entreprise, portage salarial : quel est le statut le plus pertinent pour les journalistes qui travaillent « à la tâche » ? Avantages et inconvénients de chaque formule.

Drôle de question, n’est-ce pas, lorsque l’on sait que le journaliste est un salarié et que tout entreprise de presse qui le paie en facture ou en droits d’auteur se met de facto hors-la-loi. Je ne peux donc interpréter cet intitulé que comme une nouvelle tentative d’ancrer dans les esprits que la pige c’est aussi de l’entrepreneuriat, avec un lien commercial simple. Et tant pis si le droit du travail dit le contraire.

Le doux rêve des patrons de presse de faire du pigiste un prestataire de service au même tire que le loueur de photocopie est en train d’irriguer peu à peu les esprits. Saurons-nous résister ?

Manuel

24 Commentaires

Classé dans La vie de la presse

24 réponses à “Le doux rêve du pigiste auto-entrepreneur

  1. pigiste_réaliste

    Rêve Vs principe de réalité

    Bien sûr, il est révoltant de voir la situation des pigistes se dégrader. Bien sûr, on ne peut que regretter la disparition progressive du statut de salarié pour les journalistes à la tâche. Statut qui leur permet entre autres de bénéficier d’un « filet », celui des Assédic, pendant les mois de disette.

    Mais force est de constater que cette situation est un état de fait. Que de plus en plus d’employeurs devenus clients proposent des paiements en autoentreprise sans parler des droits d’auteur et autre notes d’honoraires pour le coût totalement illégales.

    Le problème pour moi n’est pas éthique. Douce chimère que d’imaginer que le statut de salarié nous rend fort face au rédacteur en chef. Si celui-ci est décidé à ne pas publier l’article, à en couper une partie ou à dénaturer son propos, salarié ou autoentrepreneur, le combat sera le même et le poids du pigiste face au chef identique.

    J’aurais donc tendance à penser qu’au lieu d’être des Don Quichotte se battant contre des moulins à vent, il serait plus utile aux pigistes de se battre pour ce qui peut réellement évoluer. A savoir par exemple les critères pour obtenir la carte de presse. Véritable sésame pour travailler dans certaines rédactions, la carte de presse sera impossible à obtenir avec le statut d’autoentrepreneur.

    Autant l’on peut changer les mentalités de nos propres pairs, élus de la CCIJP, autant il me paraît une douce chimère d’imaginer faire changer les employeurs qui à juste titre ne voient pour eux que l’impact économique du statut d’autoentrepreneur, à savoir zéro charge.

    Rêve idéal Vs principe de réalité, il serait peut-être bon de choisir et de se battre pour les combats qui peuvent être remportés…

  2. Les Incorrigibles

    Permets-mon, cher pigiste_réaliste, de ne pas être d’accord avec toi. Je reconnais que les droits dont le pigiste peut se prévaloir en tant que salarié sont parfois (souvent ?) difficiles à faire respecter. Puisqu’il en est ainsi, vaut-il mieux alors tenter de les faire mieux respecter ou jeter bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire tout abandonner ?
    Tu dis qu’être salarié ne rend pas plus fort face à un rdc indélicat. Pas sûr : en étant prestataire, tu n’auras alors aucun droit de regard sur l’utilisation de ton travail rendu. Pas même de gueuler un bon coup au risque de perdre ton prochain contrat…
    Tu dis aussi que nombre d’employeurs proposent déjà le paiement sur facture ou droits d’auteur. Certes. Mais est-ce que parce que certains sont hors-la-loi qu’il faut absolument changer la loi et se ranger à leurs pratiques ? Pas sûr non plus. Ou plutôt : certainement pas !

  3. élodie

    J’ai assisté il y a peu à un colloque sur la recodification du droit du travail. Le M. Recodif du ministère y expliquait qu’au moment de la recodification (à droit constant) en 2007, la mission a supprimé la présomption de salariat des artistes exerçant en indépendants, suite à une condamnation de la CJCE au titre de l’article 49 concernant la libre prestation des services – la hiérarchie des normes fait que le Traité européen est au-dessus de la loi française.
    Dans la foulée, ils ont voulu prendre les devants et la supprimer aussi pour les journalistes, avant que la France soit à nouveau condamnée. Mais il y a eu une levée de boucliers des journalistes (qui, j’sais pas trop, perso, je ne me souviens pas d’en avoir alors entendu parler) : sur décision politique, ils ont réinscrit la présomption dans la loi de ratification du 21 janvier 2008.

    Mais, Lanouzière dit bien : « on sait qu’il nous faudra le modifier, tant pis, on attend d’être à nouveau condamnés ». L’idée est toujours là, et semble s’argumenter parfaitement d’un point de vue législatif et réglementaire…

  4. Les Incorrigibles

    Merci pour cet éclairage. Mais y a un truc que je ne saisis pas : pourquoi avoir voulu anticiper pour les journalistes ? Les pigistes ne sont pas dans la situation des « artistes exerçant en indépendants » puisqu’ils sont salariés, de fait.

  5. élodie

    Je ne le savais pas non plus, mais les artistes, justement, avant ceci, « bénéficiaient » apparemment d’une présomption de salariat.
    Ils voulaient anticiper parce que pour eux, nous sommes dans le même cas. C’était possible en restant à droit constant, puisqu’il ne s’agissait que de l’intégration d’une loi européenne.

    art L762-1 : http://bit.ly/cFNbJj

    arrêt de la CJCE : http://bit.ly/bweyCW

    (voir là, aussi : http://www.irma.asso.fr/Presomption-de-salariat-pour)

  6. Bonjour à tous, je réagis au premier poste de notre « pigiste réaliste ».
    Je n’arrive pas à comprendre comment on peut accepter qu’une forme de paiement prévue par la loi soit abandonnée au profit d’une autre, illégale et bien moins protectrice.
    Il nous semblerait tout à fait étrange qu’un autre métier salarié, par exemple moniteur de voile ou animateur (qui s’approchent un peu du pigiste dans la mesure où le paiement correspond à un travail unique et limité dans le temps (un mois, une semaine, etc.)) ne le soit plus simplement parce que les employeurs préféreraient un autre statut.
    Ce qui explique certainement les comportements hors-la-loi de certains patrons est la fragilité des pigistes, qui en l’absence de barème minimum, face à la concurrence et au chômage important dans la profession, préfèrent faire profil bas et se soumettre à leurs exigences (aux patrons). S’il y avait plus de poursuites aux prud’hommes, et si la législateur et le gouvernement leur faisaient (aux patrons) les gros yeux, je pense qu’on n’aurait même plus besoin de parler de cette question.
    L’idéal serait d’avoir une organisation capable de financer les procédures judiciaires des pigistes, car bien souvent c’est un obstacle pour poursuivre son employeur indélicat.
    Manuel, ton billet est très intéressant, merci beaucoup.
    Merci aussi Elodie, soyons vigilants.
    Viva Spartacus.

  7. A mon humble avis, le problème est un peu plus complexe que ça. Pourquoi les journalistes sont-ils des salariés ? Ce statut n’est pourtant pas du tout le garant d’une quelconque indépendance, bien au contraire, puisqu’il crée un « lien de subordination » vis à vis de l’employeur (donc du propriétaire du média, qui n’est pas un journaliste), et même « une obligation de loyauté » (selon les termes légaux).

    Un journaliste est-il libre quand il est, légalement, subordonné et loyal par obligation ?

    On est très loin du statut des auteurs, qui exercent, par définition, en indépendants, c’est à dire sous statut libéral (cf. Agesa).

    On en arrive à cette situation vraiment très baroque, selon laquelle tous les auteurs sont des indépendants, exerçant en libéraux… sauf les journalistes ! Le journaliste est, par définition, un salarié, ce qui est pourtant une situation interdite aux auteurs, mais il est un auteur quand même !

    Le régime juridique des journalistes relève de l’exception à l’exception, ce qui reste tout de même fragile, et ne permet guère de s’adapter à des situations nouvelles. AMHA…

  8. Les Incorrigibles

    Merci pour cette argumentation. Je me pose pourtant quelques questions après l’avoir lue. Tout d’abord, tu évoques « les journalistes » qui sont des salariés ? Est-ce à dire que, selon toi, tous les journalistes (pigistes ou non) doivent relever du droit d’auteur ou bien d’un exercice en indépendant ? Etant donné que tous les journalistes font le même boulot (collecter, vérifier et transmettre l’information), il me semblerait effectivement logique que ce soit le cas, si je suis ton raisonnement…
    En outre, tu mets en opposition, du moins en questionnement, l’indépendance et le lien de subordination. Certes, le rédacteur de base (pigiste ou non) doit avoir une certaine forme d’indépendance vis-à-vis de son employeur pour effectuer un travail honnête (quand je dis employeur, je pense surtout à la rédaction en chef). Cependant, il me semble que l’indépendance du journaliste doit surtout être préservée vis-à-vis de « l’extérieur » (politiques, acteurs économiques, etc.). A mon humble avis, le salariat est plus à même de la préserver, voire de la garantir, qu’un exercice en libéral où chaque journaliste est « lâché dans la nature » sans rédaction derrière lui et sans hiérarchie co-responsable.

  9. Le fond de ma pensée, c’est que le journalisme n’a aucune homogénéité professionnelle. Travailler à la télé, dans la presse généraliste ou dans les magazines, sur internet ou à la radio, sur un rythme « temps-réel », quotidien, hebdo, mensuel, ou « par projet » (livre, documentaire…), tout ça n’a pas grand chose à voir et ce n’est pas du tout le même métier.

    Du coup, la question du statut unique à toujours relevé de l’équilibrisme, ce qui a conduit à ce régime sur-mesure, fondé sur une exception au droit d’auteur : l’auteur-salarié, avec cette exception à l’exception qu’est le pigiste, un libéral-salarié !

    Donc non, selon moi, tous les journalistes ne font pas le même boulot. Il est donc très difficile de les faire rentrer tous au chausse-pied sous le même statut.

    Aux deux bouts de la chaine, ça donne les correspondants locaux de presse dans la PQR, les rédacteurs auto-entrepreneurs, les pigistes précaires (qui doivent accepter des boulot hors journalisme pro) ou même des blogueurs rémunérés, qui n’ont pas droit au statut de journaliste professionnel, et de l’autre côté, on a un « pur » journaliste-auteur, comme Pierre Péan, qui n’a pas droit à la carte de presse non plus !

    Le problème est que la profession, en voulant à tout prix conserver en l’état cette situation déjà très compliquée, alors que plein de choses sont en train de changer par ailleurs (avec internet, avec la constitution de grands groupes multimédias, etc.) se place elle-même dans une logique de bunkérisation. C’est le choix du corporatisme.

    Ça ne fait que pousser au développement d’un journalisme hors du champs fermé du journalisme professionnel, pour le meilleur comme pour le pire. C’est la précarité des uns pour maintenir le statut des autres (bonjour la solidarité !), mais c’est aussi la fossilisation du journalisme pro et toute l’innovation, la recherche et les expérimentations qui se déroulent en-dehors du domaine du journalisme pro.

    Sur le second point, je crois qu’aujourd’hui la principale menace pour l’indépendance des journalistes ne vient pas « de l’extérieur » (du monde politique, par exemple), mais bel et bien des éditeurs qui les emploient. Le journalisme souffre, chez nous ! (c’est autre chose en Chine ou en Iran), bien moins de la censure que de l’autocensure généralisée. Le phénomène devient préoccupant quand presque tous les médias sont aujourd’hui propriété de groupes industriels ou financiers, dont l’information n’est qu’une activité annexe.

  10. Employé de banque, garçon boucher, moniteur de plongée, chercheur, serveur, OS, docker et instituteur n’ont pas vraiment le même métier. Pourtant, ils sont tous payés en salaire. Alors pourquoi pas nous ?
    To be continued

  11. Olivier

    Bonjour,

    Nous sommes un groupe de pigistes qui a été employé plusieurs années par un journal qui refusait de payer en salaire et obligeait chacun à s’inscrire comme indépendant. Tous les pigistes sont donc payés en honoraires. Nous sommes en train de constituer un dossier pour le tribunal des Prudhommes et d’Instance. Sauriez-vous où on pourrait trouver des exemples de jugements de prudhommes ou des différentes cours de justice liés à de telles requalifications ?
    Merci de votre aide,

    O.

  12. Olivier,

    Envoie moi ton adresse à raphaelbaldos AT hotmail.com, j’essaierai de te trouver de la jurisprudence.

    Bon courage,

    Raphaël

  13. Hub

    Le point qui me gêne dans cet article est la défense des seuls journalistes qui, eux, auraient un droit acquis à la présomption de salariat quand d’autres, moins égaux sans doute, n’y seraient pas éligibles.

    Le statut d’auto-entrepreneur concerne pourtant, et exactement de la même manière, tous les salariés que l’on souhaite voir devenir des « indépendants », des prestataires de service payés en queues de cerises et vidables sans frais et sans procédure en fin de chantier.

    Ce statut fait fureur dans le bâtiment et une relecture attentive de votre article ne me permet pas de comprendre la différence que vous semblez induire entre un journaliste — dépendant de son employeur — et un plaquiste, menuisier ou peintre pareillement dépendant des ordres de son employeur.

  14. Les Incorrigibles

    Cher Hub, trois points suite à votre commentaire :
    – le thème de ce blog étant le journalisme et la pige, il est naturel que le mode de rémunération des pigistes y trouve une place centrale ;
    – j’ai tendance à penser, à tort peut-être et sans aucun mépris pour d’autres activités, que l’information n’est pas un bien comme un autre et que ceux qui l’exercent peuvent légitimement porter des revendications d’indépendance et de conditions d’exercice de leur métier parfois en marge du régime général ;
    – ceci dit, et plus généralement, je suis tout à fait d’accord avec vous : la question de l’auto entrepreneuriat dépasse le stricte cadre des journalistes et affecte bien d’autres professions qui se retrouvent précarisées, avec un minimum de protection sociale et se retrouvant en dehors du droit du travail. de ce point de vue, la création du statut d’auto entrepreneur est une brèche dangereuse pour le devenir de nombreux salariés.

  15. emma

    Révoltant, certes. Mais un peu illusoire de penser que les journalistes peuvent s’affranchir de la sorte des données du marché.
    Peut être que ces changements de statut inciteront – espérons-le – les écoles à former un peu mieux les journalistes.
    Pas seulement à trouver un angle, écrire un papier ou monter une vidéo. Mais aussi à se vendre, à cesser cette hypocrisie qui consiste à s’affranchir des données budgétaires.
    Car au final, seuls les journalistes bien-nés ou qui n’ont pas vraiment à se soucier de leurs sources de revenus restent privilégiés quand toute la profession est en péril. « Le retour des fils de… » disait Louis Chauvel.
    Donc, si ce statut peut permettre aux jeunes (et moins jeunes) qui veulent réussir de faire leur trou dans ce métier, why not.

  16. Les Incorrigibles

    Chère Emma,
    Je ne vois pas le rapport entre la formation des journalistes et le changement du mode de rémunération des pigistes… Ah, si, en faire des commerciaux plutôt que des journalistes, des vendeurs de contenus et des prestataires de service d’une marque plutôt que de pigistes subordonnés à un responsable…
    En outre, quand la pige navigue entre, disons, 30 et 80 euros le feuillet, j’ai du mal à saisir le sens de la remarque sur « s’affranchir des données budgétaires »…
    Ce que je comprends, en fait : plutôt que de se regrouper et se battre pour améliorer les conditions de travail et de rémunération, cassons tout, libéralisons le « marché de la pige ». Facturons gaiement en somme !

  17. élodie

    Mais se vendre, c’est peut-être justement faire de la qualité, se positionner en pro, en salarié qui va s’impliquer dans le canard et sur qui on peut compter, et surtout, arrêter de se penser précaire en permanence.
    Pour moi, être financièrement performante, ça passe par mieux bosser, par essayer d’être une bonne journaliste avec de bonnes collaborations, pas par le fait de pouvoir me vendre n’importe comment.
    Il me semble que lorsqu’on prend la première option, on passe peut-être plus de temps à se faire une place, il faut tenir bon, prendre des risques en refusant ou en arrêtant des collaborations vraiment pas réglo, etc. Mais on perd moins d’énergie à râler, on se mine moins en se levant le matin, et à chaque petite collaboration chouette grapillée, on est heureux de son taf.
    J’sais pas, ça m’agace en ce moment d’entendre des pigistes ressasser en boucle que c’est précaire, qu’il faut se mettre en auto-entrepreneur, qu’il faut faire de la com. Donc désolée, ma réaction est un peu à chaud, semble peut-être fort prétentieuse… Et s’éloigne en prime du sujet de départ, sorry🙂

  18. Hub

    Mon cher Incorrigible,

    Vous me répondez : « J’ai tendance à penser, à tort peut-être et sans aucun mépris pour d’autres activités, que l’information n’est pas un bien comme un autre et que ceux qui l’exercent peuvent légitimement porter des revendications d’indépendance et de conditions d’exercice de leur métier parfois en marge du régime général. »

    C’est là tout notre désaccord.

    Voilà quelque temps un électricien me disait : je peux grandement « améliorer » le rendement de mon boulot ni vu ni connu. Je ne le fais pas par conscience professionnelle. Grâce à mon installation faite dans les règles de sécurité et pas dans les règles de rentabilité, si un gosse enfile une aiguille à tricoter dans une prise, le disjoncteur va sauter et pas le gosse, même s’il a les pieds dans l’eau et même si son frère lui balance sur la tête une cuvette pleine à ce moment-là… Mon électricien aurait pu me dire : une installation électrique n’est pas un bien comme un autre et ceux qui…

    J’ai confié mon petiot à une crèche et maintenant à une école. J’en attendais notamment que l’on ne mette pas la vie de mon gosse en danger, qu’on ne le laisse pas cuire au soleil derrière une vitre ou geler dans un vent glacial. J’attends même un peu plus d’une école ! ;o) Et la directrice de l’école de mon gosse, qui partage ma conception exigeante de l’instruction publique, me dirait volontiers que pour elle : l’école n’est pas un bien comme un autre et ceux qui…

    Un médecin est censé soigner ses patients et a pour devise primum non nocere. Je connais pas mal de médecins, infirmières, aides-soignantes ou auxiliaires de vie qui diraient volontiers : la santé n’est pas un bien comme un autre et ceux qui…

    Le reproche, tout amical, que je vous fais est de prendre votre estimable métier pour au dessus de la mêlée quand il se situe exactement au même niveau que tous les autres. Penser qu’un métier serait plus ceci ou plus cela qu’un autre et qu’il en aurait par conséquent des droits au dessus des mortels, c’est donner prise à ce que nous voyons aujourd’hui : une régression sociale généralisée.

    Il est hélas ! fatal que l’on se moque des pigistes comme de sa première chemise. L’élite peut aujourd’hui pleurer seule, c’est elle qui a choisi sa solitude. Vos confrères journalistes ont beaucoup œuvré pour dénigrer presque tous les métiers. Même si eux, ou les traders qu’ils ont tant encensés, étaient bien contents de recourir aux services d’une auxiliaire de vie pour prendre soin de leurs vieux parents.

    J’écrirais volontiers que toute personne qui torche des vieux ou des mômes n’exerce pas une activité commerciale comme une autre et qu’elle peut légitimement porter des revendications d’indépendance et de conditions de qualité d’exercice de son métier. Sans opposer une « élite » supposée à un prolétariat… ;o)

  19. l’auto-entreprise, dans tous les secteurs, est le nouvelle eldorados des grosses boites, elles vous incitent voir vous soutiennent pour vous installer, elles vous font éventuellement travailler sous franchise, et font de même avec quelques uns de vos petits camarades, afin de faire jouer au max la concurrence, comme vous etes chef d’entreprise, vous bosser faussement pour vous, donc à fond, mais vous etes en fait dependant de leur marché… bref, le piège infernal. les nouveaux auto esclaves.
    bien sur, il y en a quelques uns qui sortent du marasme pour faire un peu de pub pour ce merveilleux concept.

  20. M’est avis que certaines entreprises qui ont voulu faire des économies en charges sociales et en indemnités de licenciement (au cas où) vont avoir un réveil brutal avec quelques judicieux contrôles URSSAF, descentes de l’inspection du travail, et peut-être même, plaintes au pénal…

  21. Mach

    Le principal titre de Montpellier et celui de Toulouse utilisent tres bien le pigiste auto- entrepreneur. Ils ont essayé avec beaucoup de succes les artisans, puis les « AGESSA ». Maintenant c’est les auto entrepreneurs. Ca coute moins cher qu’un salarie, ca fait le meme boulot, c’est jeune et ca en veut. Ici, en Languedoc-roussillon, on est assis sur le code du travail depuis fort longtemps. Alors tous ces beaux discours sur le salariat des pigistes ca fait rire les oiseaux comme dit la chanson.

  22. Carmin

    Cette défense du statut du pigiste me semble toujours un brin hypocrite… C’est quoi aujourd’hui un pigiste ? Un journaliste sous-payé, souvent ignoré par les journalistes permanents, mais qui effectue pourtant le même travail qu’eux. A quoi bon défendre un statut, sans assurer une véritable reconnaissance et une rémunération décente ? Un journaliste indépendant ne peut plus aujourd’hui vivre correctement de ses piges. En revanche, il peut bénéficier de la carte de presse : il lui suffit de toucher la moitié d’un SMIC… Chouette consolation, révélatrice de la situation !
    Quant au statut d’auto-entrepreneur, il se propage aujourd’hui, y compris dans de « grands » titres nationaux, mais en toute discrétion… Quand un pigiste se voit proposer des tarifs deux ou trois fois supérieurs à ce qu’il touche habituellement (à la condition d’être auto-entrepreneur ou entrepreneur), croyez-vous vraiment qu’il ait envie de refuser ? Il perd son statut de salarié et sa carte de presse, certes. Mais il gagne enfin sa vie décemment, atteignant alors une rémunération semblable à celle des journalistes permanents. L’argent lui apporte une forme de reconnaissance, que ne lui a jamais offert son statut de pigiste… Dans quelques années, qui défendra encore le statut de pigiste, à part des journalistes permanents qui ignorent tout de la situation réelle des pigistes ?

  23. Mach

    Il est peut-etre utile de rappeler que le statut d’auto-entrepreneur n’est pas ausi interessant qu’on le pense. Les cotisations sociales sont calculées sur le chiffre d’affaires, et non pas sur le bénéfice. Un différence de cout qui est proche de 20% de plus…. Alors évidement sur la remunération du pigiste, il faut encore en déduire…

  24. élodie

    @ Carmin : Il me semble justement qu’en cherchant à défendre le « statut » salarié du pigiste, il s’agit aussi – et peut-être même avant tout – de défendre une reconnaissance et une rémunération décente.
    Ma petite expérience me montre en tout cas que paiements en salaires décents et reconnaissance du boulot du journaliste pigiste vont souvent de pair dans les boîtes qui font ce choix.

    Je n’ai en revanche pas constaté que lorsqu’on me propose / demande des paiements sur factures (donc avec le statut d’AE), ce soit mieux payé. Y compris quand c’est de la com. Je viens à mon grand regret d’accepter une toute petite collaboration de com – pour m’assurer un tout petit fixe mensuel et tenter de dépasser le problème des paiements un mois sur deux avec les bimestriels. C’est 70€ le feuillet, sur facture, avec gros travail de recherche de visuels, mise en page et en ligne…
    Et cette nouvelle expérience confirme une chose : je suis journaliste, veux faire un travail de journaliste, être payée en tant que journaliste. Il se trouve que ce travail de com ne m’excite pas franchement, et que ce n’est pas là que je suis à mon avis la plus compétente.

    Ensuite, tout est une question de choix. Choisir de travailler dans la com en est un, absolument pas dévalorisant.

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