Data Harvest : le journalisme d’investigation se réinvente à Bruxelles

A Bruxelles se tenait ces vendredi 3 et samedi 4 mai la Data Harvest 2013, grand rassemblement européen de journalistes d’investigation qui n’ont pas peur des pluies de « data ».

Organisé par les activistes belges de l’investigation Brigitte Alfter et Ides Debruyne, également à l’origine de Journalismfund.eu et Wobbing.eu, cet événement est certainement l’un des plus excitant du moment pour qui veut s’informer les bonnes pratiques à l’étranger, tisser des liens avec des journalistes d’autres pays, voire élaborer des projets d’enquêtes en commun.

ICIJ est ici

Pour sa troisième édition, Data Harvest a fait fort. Au total 150 participants sont venus des quatre coins d’Europe : « wobbers », codeurs, journalistes, web designers et j’en passe. Inexplicablement, nous ne sommes que cinq français présents à Data Harvest 2013, et aucun de nos célèbres datajournalistes n’est là.

Une cinquantaine d’intervenants sont venus partager leur expérience en « master class », en petits groupes ou juste autour d’un sandwich.

En guest star, une délégation de l’ICIJ, le consortium international de journalistes célèbre pour avoir déclenché la bombe des « offshore leaks ». Parmi eux, l’Espagnole Mar Cabra qui a fait la liaison avec les grands médias du monde entier, ou encore l’Ecossais Duncan Campbell, data manager, « the brain » de l’équipe. Campbell est celui qui a su exploiter les 200 gigabytes de données déstructurées des « leaks » pour aboutir à des noms, les désormais fameux planqués fiscaux révélés par des dizaines de journaux internationaux (dont Le Monde en France).

Un sandwich avec Paul Bradshaw

Parmi les intervenants figurent aussi les Anglais Paul Bradshaw, créateur du site d’investigation HelpMeInvestigate, Stephen Grey de Reuters, David Leigh du Guardian, l’Italienne Mara Monti d’Il Sole 24 Ore, le Danois Nils Mulvad ou encore le Slovène Blaz Zgaga

Quatorze heures de conférences avec chaque fois six ateliers en parallèle, cela fait beaucoup de sujets traités sur deux jours (et aussi pas mal de frustrations tant on voudrait se cloner). L’Allemand Marco Maas est là pour présenter son site LobbyPlag qui repère les extraits de textes de lobbys dans les réglementations européennes. Le Finlandais Teemo Tebest nous montre comment il produit une infographie en moins de 24h pour la chaîne publique Yle. Le Danois Nils Mulvad, puissant créateur de Farmsubsidy.org (site qui vous permet de connaître tous les bénéficiaires des subventions de la PAC) anime les ateliers « Farm subsidy » qui regroupent les journalistes traceurs de tomate italienne ou d’huile d’olive espagnole.

Une équipe de geeks est à disposition sur le mode « Venez avec votre idée ». De petits groupes se forment pour voir ensemble comment mettre la chose en musique.

Le « wobbing », c’est quoi?

Il y a aussi les « wobbers », du nom « wobbing » qui consiste pour un journaliste à exiger un document d’une administration en faisant valoir différentes lois sur la transparence des institutions. A l’étranger (très peu en France) des demandes de documents européens classés secrets ont débouché sur des affaires épiques, de véritables feuilletons judiciaires. Le Portuguais Joao Sant’Anna, directeur du Bureau du médiateur (Ombudsman) européen, nous explique pourquoi de nombreux journalistes sont obligés de faire appel à son bureau parce qu’une institution a refusé l’accès à un document, et ce malgré une loi européenne sur la transparence datant de 1992.

Dépasser les frontières

La dernière conférence nous projette dans l’avenir. Que serons-nous dans 10 ans? Le constat est simple : partout la presse est à la peine, et l’investigation est particulièrement menacée.

« Pour survivre, il faut penser de nouvelles organisations et de nouveaux modes de financements« , explique Ides Debruyne, co-fondateur du fonds belge Pascal Decroos pour le journalisme d’investigation et de l’association des journalistes d’investigation Flamands et Néérlandais (VVOJ).

Voici ses deux recommandations :

1.Il faut créer des plateformes de journalistes internationaux sur le modèle d’ICIJ. Pas forcément avec autant de contraintes ni avec un mode de fonctionnement unique dans chaque pays, car c’est la flexibilité qui permettra de bien fonctionner. Ides Debruyne a déjà des idées de projets de plateformes thématiques, à commencer par l’environnement.

2. Il faut communiquer dans chaque pays sur l’importance du journalisme d’investigation pour la démocratie et attirer des financements. « Les gouvernements n’ont pas assez d’argent? Lançons des fondations pour financer de telles plateformes! Voilà notre tâche pour les prochaines années« , conclut Debruyne.

Tatiana Kalouguine

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