Cette année-là

En cette année de 1926 naissait à Caen, Josette Fraval, poupon potelé qui porte un prénom en « ette » comme toutes les filles nées à l’époque. Et alors ? Il se trouve que La Josette, c’est la grand-mère adorée de notre incorrigible Ophélie. L’aïeule et la petite-fille ont écrit à quatre mains un opuscule (1) où s’entremêle l’histoire personnelle de Josette Fraval, représentante de sa génération, et l’Histoire avec un grand H. Sur une soixantaine de pages, les deux complices retracent des moments clés des enfants de 1926, nés dans l’illusion que la Grande Guerre serait « la der des der ». Espoirs balayés par le krach boursier de 1929 qui favorise la montée de la xénophobie et aboutit à l’indicible. Une génération qui connaît aussi les progrès de la médecine, les avancées sociales du Front populaire. Et qui apprend très jeune le prix de la liberté. Interview 100% connivence, vouvoiement de rigueur !

Quel est le principe de cette collection ?

L’idée de la collection, qui passe en revue toutes les années, est de retracer une période de l’histoire avec comme fil rouge, l’histoire personnelle du narrateur.

À l’écrit, l’usage du « nous », qui fait référence à la fois à des informations d’époque et à la vie de ma grand-mère, doit permettre aux enfants de 1926 de se reconnaître dans le récit. Il y a des événements que ma grand-mère, élevée dans une famille de résistants, n’a pas vécus directement, comme par exemple les femmes tondues à la libération. Mais l’usage du nous donne plus de poids à ces heures sombres.

Comment avez-vous travaillé ?

Comme j’ai plutôt l’habitude d’écrire sur l’économie, je me suis replongée dans des livres d’histoire, j’ai fait des recherches sur Internet pour les informations culturelles, comme le cinéma, les chanteurs à succès. En parallèle, j’ai fait 3-4 entretiens avec ma grand-mère. Elle est un super client, elle est intarissable et elle a une mémoire d’éléphant. Elle se souvient par exemple de l’uniforme qu’elle portait à l’école élémentaire. La maison d’éditions nous a laissé entière liberté pour orienter nos choix historiques. Par exemple, nous évoquons l’exposition coloniale, censée témoigner de l’œuvre civilisatrice du pays, l’exposition organisée par le IIIe Reich sur « l’art dégénéré », expression désignant toute œuvre non conforme aux critères idéologiques nazis. Au final, l’articulation entre la petite et la grande histoire se fait assez facilement.

Qu’avez-vous le plus apprécié ?

Ma grand-mère m’a déjà raconté tellement d’anecdotes, là, j’en ai appris des nouvelles. Avant d’être ma grand-mère, elle aussi a été jeune et a fait des bêtises. Et puis son témoignage donne de la chair à ce que les livres nous ont appris : le bombardement de Caen, le beau-frère résistant emprisonné et fusillé, aujourd’hui encore, elle ne peut pas entendre parler allemand sans avoir la chair de poule. Nous avons pour beaucoup, envie de parler avec nos grands-parents, mais nous ne prenons pas le temps. Là, c’était l’occasion. Nous avons passé des moments hyper privilégiés. Et nous avons dépensé notre argent joyeusement en théâtre et en restaurant.
Sarah Delattre

(1) Nous, les enfants de 1926 : de la naissance à l’âge adulte. De Josette Fraval et Ophélie Colas des Francs. Editions Wartberg. 13,10 euros.

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Classé dans La vie des Incorrigibles

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