Notre Tour de France de la pige – Etape 4 : Bordeaux

La situation des pigistes est-elle la même partout en France ? L’herbe est-elle plus verte au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest ou dans la capitale ? Pour apporter quelques éléments de réponses, nous poursuivons notre Tour de France de la pige. Après Nantes et Nice, Lyon, direction Bordeaux, pour rencontrer Laurence Pinsard, une ex-Incos.

Etape n°4 : Bordeaux
Pigiste :
 Laurence Pinsard

Parcours Le bac en poche et tout en poursuivant des études universitaires, Laurence saisit la première occasion pour partir voyager en Inde et en Indonésie. Des ses pérégrinations, elle rapporte textes, photos et plusieurs courts-métrages documentaires. Rapidement, sa route rencontre celle d’un célèbre guide de voyage qui l’embauche pour réactualiser et créer des guides. Après plusieurs années de nomadisme, Laurence pose ses bagages à Paris. Elle y rencontre tous les spécialistes du bien-être, teste des dizaines de cours de yoga, des massages, s’initie à la méditation… Une longue (en)quête qui donne naissance au guide « Paris zen ». Elle se spécialise alors sur les sujets bien-être, santé et développement personnel et collabore avec la presse spécialisée (Alternative Santé, Santé Yoga…) et féminine (Pyschologies, Femme Actuelle…). Elle quitte Paris pour Bordeaux en 2010 et, tout en conservant ses collaborations nationales, commence à piger pour la presse régionale (Le Mag de Sud-Ouest).

Employeurs : 80 % presse, 20% édition

Salaire moyen : environ 1 000 euros (à temps partiel – je ne travaille ni le mercredi, ni pendant les vacances scolaires -)

La pige, un choix ?

Je n’ai travaillé qu’une année dans un bureau, avec les horaires et les contraintes inhérents à un salariat classique. Le boulot me plaisait – j’étais rédactrice du magazine en ligne d’un guide de voyage – mais je vivais assez mal le côté métro-boulot-dodo… Je n’ai donc pas souhaité prolonger l’expérience ! Je suis partie en voyage pendant 3 mois en Asie du Sud-Est. C’est juste avant mon départ que l’on m’a proposé de faire une pige : il s’agissait de réactualiser une partie d’un guide de voyage « Thaïlande ». Cela m’a semblé tout bénéf’ : mon billet d’avion était payé, j’étais défrayée et payée pour la mission et j’avais un cadre souple pour la réaliser. C’est comme ça que j’ai commencé à piger. Et je n’ai plus cessé depuis ! La pige s’est imposée à moi très naturellement.

La pige, un engagement ?

Lorsque je pigeais pour le célèbre guide de voyage que j’évoquais tout à l’heure, j’ai essayé à plusieurs reprises de fédérer des pigistes pour que nous défendions nos droits ensemble. En vain… Evidemment, lorsque j’ai essayé de défendre quand même mes droits – et ceux des autres -, ça ne s’est pas très bien passé… Même si c’est toujours délicat et que cela fait systématiquement perdre du boulot, je ne peux pas m’empêcher de m’insurger contre l’injustice. Donc je défends mes droits et je perds du boulot… Jusqu’à présent, c’était un engagement, mais je commence à être vraiment lasse de cela.

La pige et ses avantages

J’apprécie énormément la liberté que m’offre le fait d’être pigiste : je peux organiser mon emploi du temps comme bon me semble, travailler d’à peu près partout, partir en reportage quand j’en ai envie et… passer du temps avec mes enfants. Je considère également comme un vrai luxe le fait d’écrire sur des sujets qui me passionnent et de choisir les magazines pour lesquels j’écris. J’apprécie également le fait de partager mon espace de travail avec d’autres personnes : journalistes, graphistes, photographes… Il y a beaucoup d’échange et de convivialité, aucune hiérarchie mais un partage des responsabilités : tout cela me convient parfaitement.

La pige et ses contraintes

Les conditions de travail se sont très largement détériorées ces dernières années. Les employeurs se permettent tout et n’importe quoi avec les pigistes, à la fois les commandes de dernière minute – que l’on se sent obligé d’honorer pour « assurer » -, mais aussi les annulations de dernière minute – alors que le gros du travail est déjà fait -, sans oublier la réduction de piges non formalisée (c’est à dire sans fin conventionnelle de contrat, donc sans possibilité d’être indemnisé aux Assedic), les fins de collaboration sans licenciement (donc sans possibilité d’être indemnisé aux Assedic). Et tout cela est souvent fait sans y mettre les formes… C’est  très désagréable, voire humiliant dans certains cas.  Certains employeurs vous font carrément comprendre que vous êtes la cinquième roue du carrosse et que si vous  n’êtes pas content de votre sort, vous pouvez dégager… A Bordeaux, je découvre aussi l’importance du réseau (que je n’ai pas encore… mais je me soigne : je suis inscrite au club de la presse) et des « chasses gardées » (ce dont je n’avais jamais fait l’expérience à Paris) mais j’apprécie la facilité avec laquelle les rencontres se font et je trouve qu’il y ait plus facile de faire du « terrain » parce que les déplacements et les rencontres dans la région sont bien plus faciles qu’à Paris. Piger ici me permet de découvrir un territoire, sa culture, ses paysages…

La pige, quel avenir ?

Si je ne prenais pas autant de plaisir à travailler sur les sujets sur lesquels j’écris et si certaines de mes collaborations ne se passaient pas aussi bien, je crois que j’aurais abandonné la pige l’été dernier. J’ai décidé de continuer mais je réfléchis à ce que je pourrais faire d’autre, en complément ou en reconversion, au moment où j’en aurais vraiment assez. D’autant que je doute que l’on vieillisse très bien en tant que journaliste-pigiste et je ne suis pas sûre d’avoir envie de continuer à assumer la précarité du statut, des salaires très bas et un relationnel parfois tendu… En attendant, je fais en ce moment une formation de journaliste bi-média car, qui sait, il y a peut-être un avenir à envisager du côté du Web ?

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Classé dans La vie de la presse, Tour de France de la pige

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