Notre Tour de France de la pige – Etape 3 : Lyon

La situation des pigistes est-elle la même partout en France ? L’herbe est-elle plus verte au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest ou dans la capitale ? Pour apporter quelques éléments de réponses, nous poursuivons notre Tour de France de la pige. Après Nantes et Nice, direction Lyon, pour rencontrer Bruno Crozat, pigiste heureux et fondateur du réseau Lyon Piges.

Etape n°3 : Lyon
Pigiste :
Bruno Crozat, 53 ans, 12 années de piges

Parcours. Dans une autre vie, Bruno Crozat était informaticien, puis formateur, puis chômeur… Après une année à Madrid et quelques collaborations dans la communication, il intègre par hasard la rédaction d’une radio locale, RCF Lyon en 1994. Au bout de six années de bons et loyaux services, il négocie son départ et devient pigiste.
Bruno a coécrit l’édition 2011-2012 du Guide de la Pige. Il est co-fondateur, et animateur du réseau Lyon Piges et secrétaire général de l’association Profession Pigiste.
Employeurs. ¾ presse (Professions avocat, Lien social,…), ¼ hors-presse.
Salaire moyen. 3 700 € nets par mois, « les bonnes années »

La pige, un choix ?
En 2000, lorsque j’ai pris la décision de quitter RCF Lyon, j’éprouvais un grand besoin de changement. J’avais envie de découvrir d’autres facettes du métier. J’ai donc quitté un CDI, sans vraiment savoir où j’allais. J’ai sonné à toutes les portes, activé tous mes contacts. Le rédacteur en chef du supplément économique du Progrès m’a donné ma chance et  commandé ma première pige. Il m’a fait confiance alors que je ne connaissais rien à la presse écrite. Très vite, les collaborations se sont enchaînées et j’ai finalement gagné correctement ma vie. La pige n’a pas été un choix, mais elle s’est transformée en une vraie chance !

La pige, un engagement ?
En 2004, l’un de mes employeurs réguliers a mis fin à ma collaboration sans aucune information. A l’époque, je ne connaissais pas mes droits. Je n’y ai rien trouvé d’anormal. Et puis, au fil des années, j’ai appris à connaître le statut de journaliste rémunéré à la pige. J’ai attendu cinq ans (à 3 jours de la prescription) avant de porter l’affaire devant les Prud’hommes. J’ai obtenu gain de cause. Le statut et le travail des journalistes à la pige sont méconnus, notamment des journalistes mensualisés : c’est à nous de connaître nos droits et de les faire valoir. C’est pourquoi en 2007, j’ai organisé les premières élections DP (délégué du personnel) pour les pigistes du Progrès, et j’ai été élu. En quatre ans, nous avons obtenu l’ancienneté, la visite médicale obligatoire, une augmentation et le paiement des indemnités maladie.
Dans une autre forme d’engagement, j’ai créé en 2004 un premier réseau de pigistes lyonnais. Un coup dans l’eau… Mais en 2006, je me suis de nouveau lancé, avec Lyon Piges. Aujourd’hui, nous sommes soixante-dix journalistes.

La pige et ses avantages.
La pige offre l’opportunité de choisir ses sujets, de piger pour de nouveaux titres, de réaliser des reportages à l’étranger… Pour tirer avantage de ce statut, je suis convaincu que le réseau est déterminant. C’est pourquoi nous avons créé avec cinq autres journalistes de Lyon Piges un espace de co-working de 200 m² dans l’hyper centre de Lyon : l’Atelier des Médias. Le lieu est ouvert aux professionnels des médias, du web et de l’image. Soixante-dix personnes travaillent épisodiquement ou régulièrement. Des formations, des conférences, des rencontres sont proposées. L’idée est de mailler les réseaux.

La pige et ses contraintes.
La principale question d’un journaliste pigiste demeure: “puis-je vivre dignement de mon métier “? La précarité du statut est réelle, mais je garde une vision optimiste du métier. Les évolutions de la presse poussent vers une mutualisation des compétences : travailler avec d’autres sur des projets plus importants.  Le statut de journaliste à la pige permet d’exercer son métier ailleurs que dans la presse : l’édition, la formation, la communication, l’animation. Ce sont des compétences que l’on peut développer pour compléter des revenus souvent à la baisse dans la presse. Travailler pour le hors presse peut être une bonne solution pour un journaliste, et ne pas plomber sa passion du métier par une situation financière invivable.

La pige, quel avenir ?
Pourquoi la pige  ne pourrait pas inverser son image de précarité et devenir un journalisme d’excellence ? Les journalistes pigistes ont l’habitude d’être force de proposition, d’apporter un air neuf dans les rédactions, des angles créatifs. Pour développer ces atouts, il est nécessaire de ne pas rester seuls, de tisser des réseaux. Il faut aussi se former (formation continue, auto-formation, partage d’expérience). Le monde des Médias évolue vite. Pour passer d’une étiquette de précarité à une image d’excellence il reste du chemin à parcourir, certes, mais je veux rester optimiste !

Propos recueillis par Céline Authemayou

POUR EN SAVOIR PLUS…
> Lyon Piges a son site web. Le réseau a dressé au début du mois de mai un portrait-robot du journaliste pigiste de la région Rhône-Alpes.
> Pour découvrir l’Atelier des médias, c’est par ici.
> A noter: les 48 heures de la pige se tiendront cette année à Lyon, du 2 au 3 juillet 2012.

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Classé dans Tour de France de la pige

2 réponses à “Notre Tour de France de la pige – Etape 3 : Lyon

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