Pigiste qui es-tu? (2) La multiactivité, pente fatale…

Sociologue et agrégé d’économie, Olivier Pilmis a soutenu en 2008 à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), une thèse intitulée « L’organisation de marchés incertains. Sociologie économique de la pige et de l’art dramatique ». Autrement dit, l’univers des pigistes lui est parfaitement familier. Après avoir examiné la spécificité de son statut (1),  l’universitaire  revient sur la notion de multiactvité chez le pigiste

Un prix de la pige globalement peu élevé, et qui n’évalue guère depuis de nombreuses années, conjugué à une pression croissante sur les pigistes (restrictions budgétaires du fait de la crise systémique de la presse), ces derniers sont-ils entrainés, parfois malgré eux, vers ce que certains baptisent de « multiactivité » ?

La multiactivité varie selon l’activité avec laquelle est cumulé le journalisme. Une activité journalistique peut se combiner avec une autre, comme dans le cas où un pigiste travaille simultanément pour différents pans de la presse: presse écrite et radio, mais aussi presse féminine et presse économique, etc. S’agit-il alors réellement de multiactivité? On pourrait en discuter, surtout quand cette circulation entre les secteurs de la presse s’accompagne d’une spécialisation thématique. Un autre registre de la multiactivité concerne le cumul d’activités journalistique et d’autres qui ne le sont pas, et qui peuvent couvrir un spectre large, depuis les « boulots » alimentaires proches de ceux d’un étudiant à des secteurs para-journalistiques. Pour nombre de journalistes aux faibles revenus, la multiactivité est une nécessité pour parvenir à un seuil de subsistance (parfois, il ne s’agit même pas de parler de confort et encore moins de train de vie). Mais cela implique de « sortir » du journalisme. Prenons un exemple simple: un(e) pigiste, pour payer son loyer, son abonnement Internet, etc., accepte un autre emploi (quel qu’il soit). Le premier risque est alors, tout simplement, que ce second travail représente une telle part de ses revenus qu’il lui soit par la suite impossible de satisfaire aux critères d’obtention de la carte de presse. Si le travail hors-journalisme « paye bien », « mieux » que les piges, ce seuil fatidique de 50% peut être rapidement atteint. Le premier risque de la multiactivité tient alors, classiquement, à la définition légale et réglementaire. Dans certaines conditions, la multiactivité peut entrer en conflit avec le journalisme professionnel.

Quid des activités de communication régulièrement proposées aux pigistes ?

Celles-ci représentent, en effet, un moyen de rentabiliser leurs compétences rédactionnelles au sein d’un secteur réputé très rémunérateur. Mais, comme le rappellent les différentes chartes déontologiques depuis 1918 et jusqu’à très récemment « le journalisme ne peut se confondre avec la communication » (l’expression se trouve dans la version de la charte actualisée en mars dernier par le SNJ). Apparemment donc, un pigiste ne peut que « se compromettre » dans la communication. Certains néanmoins trouvent un modus vivendi en ne « communiquant » pas dans les secteurs qu’ils couvrent en tant que pigiste: ainsi, une solution est trouvée, au moins en apparence. Il n’en demeure pas moins que la frontière entre les deux mondes est ténue, et demeure problématique à bien des égards. Et une telle forme de multiactivité peut rapidement devenir « fatale » pour un journaliste, qu’il soit ou non pigiste d’ailleurs.

Propos recueillis par Eric Delon


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Classé dans La vie de la presse

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