L’arrestation de Ratko Mladic vu de Kozarac

L’arrestation de Ratko Mladic fait la une des JT, mais à Kozarac, un des villages bosniaques qui a subi un nettoyage ethnique méthodique au printemps-été 1992, la réaction la plus courante est un haussement d’épaules.

« On savait depuis longtemps qu’il était en Serbie. Ce n’était qu’une question de timing. J’attends de voir ce qui va se passer maintenant. C’est bien qu’il soit arrêté, bien sûr, mais ce n’est pas pour autant que les mentalités auront changé. Ratko Mladic peut être jugé mais si on continue de le considérer comme un héros, rien n’aura changé », dit Svabo.

C’est notre dernier soir en Bosnie, après une semaine de boulot intense, avant de reprendre le train vers Zagreb, puis Paris. Les rédactions s’agitent pour remplir leur une de demain matin des papiers sur cette arrestation, mais l’Incorrigible pigiste et ses complices photographe et preneur de son prennent la bagnole de Svabo et se font un barbecue sur les flancs de la montagne Kozara. On profite du silence, des côtelettes grillés au feu de bois, on fume des clopes et on discute de choses plus importantes.

Plus tôt ce matin, nous étions à la commémoration d’un camp, dans le village d’à côté, celui où l’école est devenu un camp le 26 mai 1992. Une jeune institutrice, originaire de la ville à 50 km et qui a passé la guerre ici, m’explique qu’elle ne savait pas, en venant travailler ici, qu’elle entrait dans un ancien camp. Le silence ici est encore lourd.

Sur le chemin vers Prijedor, dans la voiture, nous apprenons l’arrestation de Mladic. Nous l’annonçons à notre tour à deux survivants des camps avec lesquels on a rendez-vous. L’un d’entre eux dit être déçu – « cela prouve bien qu’ils savaient depuis longtemps où il était » – , l’autre dit qu’il se sent mieux, dans sa tête.

« Mais au fond, cela ne change pas grand chose pour nous. Cela ne nous ramène pas nos morts. »

Alors l’Incorrigible pigiste et ses complices profitent du barbecue de ce dernier soir avec Svabo qui rigole un peu: « Tu te rends compte, il est arrêté le même jour où je suis entré dans le camp, il y a dix-neuf ans. »

La nuit tombe petit à petit, le feu de camp éclaire encore un peu.
La vérité de l’histoire de ce pays est ailleurs que sur les unes des journaux.

Taina

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Classé dans La vie des Incorrigibles

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