Reportage en dictature tunisienne

Le peuple tunisien s’est enfin soulevé. Et une fois encore, c’est de la rue que tout est parti. Quel symbole ! Quel espoir de la part de tous ceux qui contestent les pouvoirs autoritaires à travers le monde, les dictats des potentats militaires, religieux, financiers.

Mais comme rien n’est encore acquis en Tunisie, il me semble important de témoigner de ma propre expérience de travail de journaliste sur place.

De témoigner ce que de nombreux hommes politiques français osent nier : une réelle dictature (Larousse : régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou un groupe de personnes qui l’exerce sans contrôle).

Parti sillonner le nord de la Tunisie pendant quelques semaines il y a quatre ans à l’occasion d’un reportage, j’ai été stupéfait comme jamais par l’absence de liberté d’expression. Pendant ces quelques semaines, jamais un mot de travers de la part des Tunisiens, jamais une opinion clairement exprimée, jamais une info fiable, pas un jour sans un contrôle d’identité (pour rien souvent), pas un restaurant ou un bar, quelle que soit l’heure de la journée, qui ne soit occupé par deux sbires silencieux. Une pression constante qui vous étreint lentement, vous épuise doucement.

Le témoignage le plus marquant m’a été donné par le correspondant de l’AFP à Tunis avec qui j’ai partagé quelques moments. Ce dernier m’a raconté comment les journalistes étrangers trop « indiscrets » se faisaient piéger par les autorités (fausse déclaration de tentative de viol notamment), comment leur quotidien et ceux de leur famille placés sur écoute étaient connus des services de police, comment les contrôles quotidiens, au supermarché, à la plage, lors de leurs activités sportives, les épuisaient.

Et puis, ce que l’on ne voit pas à Djerba, à Hammamet, ces affiches omniprésentes et obligatoires de Ben Ali partout, ces journaux ridicules à la gloire du président…

Il y aurait encore tant à raconter. Mais pour ça, mieux vaut aller chercher l’info à sa source désormais et par ceux qui ont notamment fait basculer le pouvoir, les blogeurs.

Julien

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6 Commentaires

Classé dans La vie des Incorrigibles

6 réponses à “Reportage en dictature tunisienne

  1. Captain Zincos

    C’est bien de rappeler à Frédéric Mitterrand ce qu’était la Tunisie. J’y étais allé enquêter à la fin des années 90. J’avais été frappé par ces universitaires, journalistes, avocats si craintifs de me parler, qui m’amenaient dans leur jardin, persuadés que leur maison était truffée de micros, qui regardaient constamment autour d’eux de peur d’être suivis.
    Je me souviens un contrôle de police banal, à un carrefour : ces gens que j’accompagnais, intellectuels et militants, qui n’osaient dire un mot face un un simple agent de la circulation dont le seul but était de récupérer un peu d’argent.
    Je me souviens de ce rdv avec un opposant, qui avait écourté après le passage du voiture de flic à proximité du café où nous nous trouvions.
    Je me souviens de cette crainte, mais aussi, et surtout, de cette détermination à témoigner coûte que coûte.
    Bravo à tous ces gens, connus et anonymes, qui ont osé et réussi.

  2. Hamid

    Bonjour,
    Tout ce déballage me donne la nausée. Maintenant que le régime du tyran est presque à terre tout le monde tire les couteaux. C’est lâche ! Je me souviens que quand Taoufik Benbrik était arrêté et molesté par la police de Ben Ali ou empêché de venir en France, très rares ceux qui ont élevé la voix. Quand Sihem Bensedrine subissait l’ignoble loi de l’intimidation et la brutalité policière du régent de Carthage, les journaux, ni les blogueurs regardaient ailleurs. Les exmples sont légion. Il y a une année à peine tout une région minière de l’ouest tunisien était soumise à une répression sanglante, je n’ai lu que quelques entrefilets dans deux quotidiens. La télé et toute les personnalités qui se relayent sur les plateaux (Delanoë, Sama Soula, les Benyahmed de Jeune afrique qui ont soutenu Bourguiba et Ben Ali et sont tjs complaisants avec les régimes africains, etc) ne pipaient mot. Je vous assure que c’est un lecteur averti de la presse française qui écrit. Alors trêve d’extase ! Laissons le peuple tunisien achever sa révolution comme il l’a commencé : seul.
    Hamid Arab

  3. Quelle (belle) conclusion de Hamid Arab.
    C’est bien de dénoncer, de s’offusquer, d’acclamer cette révolte. Mais ne va t-il pas le faire avant ?

    Il y a ceux qui agissent et ceux qui attendent en silence que ca passe. Ou que quelquechose se passe.

  4. Captain Zincos

    Pas faux. Sauf que vous vous trompez de cible puisque Julien, et moi-même, parlons de moment où nous avons travaillé sur la Tunisie, et c’était avant le 17 décembre…
    @Hamid : l’anecdote des micros cachés se passait chez Sihem Bensedrine…

  5. Attention je ne cible personne ici. Je note juste que c’est dommage que tout ce bruit se fait après. Mais c’est comme tout. Évidemment, et heureusement d’ailleurs, il y a toujours des gens pour aller sur le terrain et rapporter la situation avant qu’une situation n’explose comme ici.

  6. Hamid Arab

    A supposer que tout le monde se soit repenti du silence complice et complaisant avec l’ancien régime tunisien. Et maintenant ! Que fait-on des autres dictatures de la région ? Doit-on toujours accueillir avec le même sourire de carnassier tous ces potentats d’un autre âge ? Sans vouloir donner de leçon à quiconque, restons juste vigilants et intransigeants vis-à-vis des fossoyeurs des droits de l’homme. Ils ne doivent pas être sacrifiés devant les calculs économiques. L’Afrique mérite un meilleur traitement de l’UE si elle ne veut pas voir les jeunes Africains se briser en centaines sur les remparts hermétiques de l’Europe.

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