De l’indignation… à la résistance !

Ca sent bizarre, tu ne trouves pas ? Comme diraient Brigitte Fontaine et Areski, dit l’ami, « tu n’sens pas le brûlé ? » A moins que ce soit une odeur de moisi…

Depuis quelques mois, des scandales se succèdent au sujet du traitement médiatique (pour ne parler que de lui !) des minorités. En septembre, il y a eu l’affaire du « fixeur » de Clichy-sous-bois, Abdel El-Otmani, qui magistralement a coincé Jean-Michel Décugis, un journaliste du Point, en se faisant passer au téléphone pour « Bintou », une (caricature) de femme de polygame que le journaliste n’a pas hésité à décrire comme une « jeune femme au joli visage légèrement scarifié de chaque côté des yeux » pour mieux faire croire à la véracité de son témoignage. Le « fixeur » s’était filmé pendant l’entretien téléphonique et s’est empressé d’envoyer la vidéo à Arrêt sur images. Grosse baffe pour Le Point qui, sans sourciller, à pourtant crié à l’imposture !

Au même moment  éclate l’affaire du documentaire de Cathy Sanchez « la Cité du Mâle », diffusé sur Arte, qui voulant parler des relations filles-garçons en banlieue montre des « djeuns » de Vitry-sur-Seine tenant des propos violents et ultra-machistes. C’est là que Nabila Laïb, la journaliste qui a enquêté en amont de ce reportage pour Cathy Sanchez, accuse la société de production de Daniel Leconte de « bidonnage » en expliquant que les propos des interviewés ont été sorti de leur contexte pour mieux coller aux stigmates de la banlieue, tels que tout le monde les vomit.

Ladji Real, un réalisateur, a alors décidé de faire une « contre-enquête de la Cité du Mâle », dont un extrait a été présenté aux Assises du journalisme en novembre à Strasbourg. Je l’ai vu, c’est tout juste époustouflant. Pour ne pas dire, complètement écœurant (le jeune noir que l’on qualifie de musulman pour mieux noircir son C.V., alors que le pauvre est catholique, donne vraiment envie de hurler).

Hier, c’était au tour de France 2 d’être pris la main dans le sac. Le Canard enchaîné a révélé dans sa dernière édition qu’une journaliste de France 2 vient de porter plainte après l’utilisation, sans son consentement, de sa photo dans un reportage sur la délinquance. C’était le 16 septembre, et le jité présentait en grand pompe « le Déni des cultures », un livre (tendancieux) du sociologue du CNRS Hugues Lagrange qui explique entre autres que les jeunes d’origine sahélienne sont plus délinquants que les autres, non pas à cause de raisons sociales, mais en raison de leur culture : la polygamie de leur père (et oui encore !), la différence d’âges entre les parents, la taille des familles… Pour illustrer le propos six portraits censés illustrer les minorités à problème ont été affichés à l’écran. C’est là que ça se gâte ! Car il s’agit « de photos de salariés de la chaîne piochées dans les archives de la rédaction et projetées à leur insu. Elles avaient été prises à l’occasion d’un précédent sujet, bien moins sulfureux, sur les richesses de la diversité française », explique le Canard enchaîné. Si quelques journalistes ont seulement protesté, l’un(e) d’entre eux à adresser le 14 octobre, une mise en demeure à France 2 pour obtenir une indemnisation.

Reçue le 30 novembre par le bras droit du nouveau directeur de l’information Thierry Thuillier, elle s’est vu présenter «de vagues excuses», selon le Canard enchaîné, et proposer 1000 euros. Elle a alors décidé de porter plainte contre France 2 pour droit à l’image. J’ai adoré la réaction de Thuillier dans le Parisien d’hier, qui en guise de réponse juge qu’il faudrait améliorer la formation des journalistes sur le droit à l’image… Ben voyons !

Alors que penser de toutes ces affaires ? C’est grave docteur ? D’un côté, en tant que journaliste (faisant partie des minorités visibles comme on dit), je me dis que c’est pas mal, les choses se disent, des journalistes se battent et résistent, les « fixeurs » sont trop forts… Je me souviens qu’en 2007, suite à l’affaire du meurtre dans le RER D, suivie quelques jours plus tard du mouvement populaire à Villiers-le-Bel (parce que deux jeunes avaient été balancés dans le décor par une voiture de flics), un magazine féminin très populaire (devinez qui c’est !) m’avait presque dicté un article (en plus très bien payé) pour faire un lien, plus que louche, entre les deux affaires. Bien sûr, j’avais refusé, mais j’étais restée sous le choc et n’avais pas su répondre à cette offense (mon nom exotique n’avait donc d’intérêt que pour écrire des saloperies sur les banlieues ?) Donc, voilà, personnellement, toutes ces affaires ne m’étonnent pas. Et puis, je suis heureuse de voir certain(e)s réagir avec courage et imagination ! Mais, je suis inquiète aussi : jusqu’où le bateau va-t-il chavirer ? La stigmatisation des « jeunes de banlieue » fait des ravages tous les jours, il suffit de voir les dernières statistiques sur les discriminations (enquêtes TeO) et d’avoir bien en tête que la crise touche bien plus « les minorités » que les autres, sans parler que le rejet des musulmans fait la Une tous les jours… ça suffit ! La situation des minorités est déjà assez compliquée aujourd’hui, et je continue de penser (tendre idéaliste que je suis !) que le rôle des journalistes c’est de « porter la plume dans la plaie » comme le disait si bien Albert, et non pas « d’allumer le feu » comme le chante Johnny, pour mieux chauffer l’audience. Dis, l’ami…

Sabrina Kassa

> Ne ratez plus un post : rejoignez nous vite sur FACEBOOK et suivez nous sur Twitter @Incorrigibles

1 commentaire

Classé dans La vie de la presse

Une réponse à “De l’indignation… à la résistance !

  1. Henri Jurfest

    Merci + bravo Sabrina. Et si tu viens voir en Belgique, je te trouverai un bon fixeur… moi. Amitiés. Henri

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s