Quand le pigiste paye au black

Dans la pige, ce sont souvent les employeurs, c’est-à-dire les rédactions, qui se retrouvent sur le banc des accusés. Faisons exception à la règle pour une fois…

En discutant avec un journaliste sportif freelance, j’ai découvert une pratique plutôt inhabituelle pour un pigiste : il s’était mis à sous-traiter pour honorer les commandes de ses clients de presse quotidienne régionale ! La situation serait pourtant plutôt répandue en Ile-de-France à cause de la concentration d’événements sportifs et du manque d’effectif pour les couvrir.

Du coup, le reporter est souvent censé se trouver en deux endroits différents à la même heure ! Alors, plutôt que claquer la porte au nez de son collaborateur, c’est le système D. Couvrant à lui-seul un ou deux matchs, le pigiste dégote des astuces pour les autres : coups de fil aux entraineurs des deux équipes quitte à être anecdotique dans le compte rendu, envoi de collègues et amis sur place quitte à écrire ou reprendre entièrement le papier derrière…

Les rédactions s’en rendent compte la plupart du temps mais savent que c’est le prix à payer pour assurer une couverture maximale des matchs régionaux. Et le pigiste accepte en connaissance de cause : au prix de la pige, rarement plus de trente euros par match, il a tout intérêt à viser le tir groupé.

Le plus ennuyeux dans tout ça tient au mode de rémunération des « copains collaborateurs », le plus souvent en cash, ce qui s’apparente clairement à du travail illégal. La « paye amicale » aiderait les jeunes désireux d’entrer dans la profession à « mettre un pied à l’étrier », et être enfin publiés (sans signature, évidemment) dans des journaux à l’effectif resserré. Mais la démarche est plutôt condamnable dans le sens où le pigiste se bat quotidiennement pour éviter ce type de relations avec ses employeurs.

Certains pigistes chevronnés auraient même fait de cette dérive leur fond de commerce. L’équation est simple : à force d’additionner des petites marges, il fait de réelles économies ! Le collaborateur anonyme, pendant ce temps, attend patiemment d’être déclaré. Le problème, c’est « lorsque la situation dure plusieurs années sans évolution », me confiait ce confrère pigiste, qui a lui-même connu le statut de pigiste sous-traitant…

Nous voilà atterris bien loin des micros dorés de « Jean-Mimi » ou Pierre Ménès !

Ludovic Fery

2 Commentaires

Classé dans La vie de la presse

2 réponses à “Quand le pigiste paye au black

  1. lesincos

    Et oui, Ludovic, tu as résumé le monde sportif à ta manière. 1% qui s’en mettent plein les poches et 99% qui livrent leur temps gratuitement pour leur passion. Les grands événements sportifs seraient d’ailleurs très difficiles à monter aujourd’hui sans le bénévolat.

    Jules

  2. mc

    on dirait que tu découvres la situation… C’est pas nouveau. C’est vrai que c’est assez hallucinant surtout que le 1% qui sous-traite les papiers à un contrat lui en bonne et due forme.

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