Syndrome du nid vide aux Incorrigibles

Un mardi comme un autre aux Incorrigibles et pas l’envie de bosser. Nous sommes cinq journalistes présents, c’est le milieu de l’après-midi, un énième café se prépare dans le coin cuisine, l’une de nous dort profondément sur un fauteuil en cuir défoncé, un autre enchaîne d’un air blasé les interviews par téléphone (quelque chose à voir avec le marché de l’emploi pour les commerciaux dans l’automobile), une autre encore réfléchit à l’éventualité de se prostituer pour payer son loyer – la dernière vante les mérites de l’épilation au fil, objet d’un prochain article pour la presse féminine.  Le reste de la troupe est éparpillé à droite à gauche : l’une au Burkina Fasso, l’autre à Barcelone, un autre encore en reportage pas loin d’ici. Les Incos vaquent à leurs sujets, leurs obligations familiales ou leur envie de farniente à une terrasse de café.

Scène de la vie quotidienne dans nos bureaux de Montreuil où nous fêtions la semaine dernière ce qui semblait à première vue une excellente nouvelle : l’un de nous venait d’accepter un poste de rédacteur-en-chef en interne. Manu, Notre Manu, ce traître, allait bientôt évoluer au sein d’une rédaction, une vraie. Il allait être chef. Il aurait l’assurance d’un salaire fixe tous les mois. Il allait même faire travailler des pigistes (nous). Après plus d’une dizaine d’années à la pige et presque autant au sein des Incorrigibles, Manu serait un bon chef, forcément un très bon chef. Mais l’apparente bonne nouvelle cachait notre tristesse. Manu-Notre-Manu, ce traître, allait nous quitter.

Si nos locaux ne sont a priori qu’un simple point d’ancrage, un lieu où camper notre matériel de travail quand on en ressent l’envie, un lieu où échanger, discuter projets, sujets, bons plans, angoisse de la page blanche, tendance à la procrastination, malheurs et bonheurs de la pige – au fil des années, le collectif est devenu bien plus que tout cela réuni. A force de se côtoyer, de se chambrer, de festoyer, de picoler et de se prendre parfois sérieusement la tête, les Incorrigibles sont devenus une famille. Nous nous sommes choisis et nous avons même appris à nous aimer – oui, oui, à nous aimer. Il arrive même qu’on se le dise.

Manu, vieux traître, tu vas nous manquer.

2 Commentaires

Classé dans La vie des Incorrigibles

2 réponses à “Syndrome du nid vide aux Incorrigibles

  1. Captain Zincos

    Cé ti pas malheureux ces pigistes qui quittent la pige pour un travail confortable et payé chaque mois !
    Bon courage valeureux Incorrigibles !
    Sus au traitre ! ;-))

  2. Sardi

    La oui, c’est une figure historique qui s’en va!
    Bon vent Manu!

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