Journaliste multimedia, journaliste à huit bras

Il y a quelques mois, j’ai passé deux semaines très stressantes: je devais réaliser ma première vidéo pour un site d’information.

Pour être claire : durant ma formation de journaliste multimédia, nous n’avons consacré que trois semaines à la vidéo,  sur un cursus total de six mois. Le temps consacré à ce media y était donc proportionné. Le plus étonnant c’est qu’aujourd’hui on forme des journalistes confirmés en encore moins de temps que cela.

J’ai adoré travailler avec la caméra. Par rapport à mes origines (transalpines) et mon parcours, à chaque fois que je peux m’exprimer par images et sans le français, j’en suis ravie. Durant les trois semaines à l’école, nous avons tout de même réalisé un nombre important de tournages en extérieur. En revanche, l’interview vidéo a été approchée de façon rapide et légère. Idem pour la lumière et les éclairages.

Durant cette même formation de journalistes bi-media, on nous a souvent répeté que nous allions devenir des “couteaux suisses”, ou des journalistes « Shiva ». Être en mesure de tout faire : cadrer, filmer, poser les questions, prendre des photos, enregistrer le son. Et tout cela de façon pertinente, bien évidemment.

Une petite voix me disait que ce n’est pas vraiment possible mais les temps sont durs.  Je n’y ai pas prêtée oreille. L’occasion, enfin venue de réaliser mon premier sujet vidéo, j’ai prié Shiva, placé mon couteau suisse entre les dents et je suis partie en tournage.

Une amie m’a prêté une camera, j’ai écrit les questions, travaillé l’itw. La veille du tournage un – autre – ami JRI m’a gentiment rebriefé sur l’usage de la caméra. « Comment ça tu n’a jamais utilisé de shutter ni d’iris (temps d’exposition et diaphragme) en manuel? Comment ça, tu n’as pas l’habitude de faire la balance de blancs? Comment ça tu n’a jamais utilisé de mise au point manuelle? », m’a-t-il asséné sur un ton amical mais ferme.

Plus les questions se bousculaient, plus je me faisais petite. Oui, j’étais loin d’avoir tout maîtrisé mais je pensais que le temps étant compté, le bon vieux « tout en automatique » aurait fait parfaitement l’affaire.

La panique m’a donc saisi. J’ai lâché le couteau suisse et j’ai appelé un – autre –  collègue JRI qui est venu m’épauler sur le tournage. Cela a été la meilleure idée que je n’ai jamais eue.

Mon ami JRI s’est occupé du cadre, de la lumière qui passait de gris à plein soleil et de la voix qui se modulait. Bref il a fait son métier pendant que moi je pouvais me concentrer à 100% sur le mien: les questions, les réponses et les relances, l’interview.

J’ai ensuite passé une longue semaine à peaufiner la vidéo : quelques jours pour récupérer le logiciel Final Cut (qui coute presque 800 euros), quelques jours pour le derush, le choix des séquencés et le montage.

En ce qui concerne la rémunération, j’avais négocié un forfait en apparence plus que correct. Mais au fur et à mesure que le travail avançait, je me rendais compte que la pige n’était pas rentable. Ça ne peut pas l’être tant qu’on ne maitrise pas complètement  l’outil et qu’on ne sait tourner que l’essentiel.

On dit que les métiers évoluent mais ce n’est pas pour autant qu’ils se substituent les uns aux autres. Et le fait de savoir faire plusieurs choses ne veut pas dire qu’on doit toutes les faire au même moment.

Malgré mon amour et ma relative aisance pour la technologie, je reste persuadée que chaque métier est spécifique et que, seules les compétences produisent de la qualité. Je n’ai  pas abandonné pour autant la vidéo mais je me réserve de la pratiquer à 100%, Que Shiva me pardonne : nous ne disposons pas de pouvoirs divins, nous-autres, pauvres humains.

Federica

1 commentaire

Classé dans La vie de la presse

Une réponse à “Journaliste multimedia, journaliste à huit bras

  1. Maribo

    Bravo Federica pour ce mail bien senti contre une nouvelle forme de la mise à mort du journalisme. Ton post me fait penser aux peurs que nous avions – et que j’ai toujours – au tout début du débarquement des Jri avec leur double casquette, devenue triple depuis voire quadruple aujourd’hui. Ce genre de pratiques tuent bel et bien des métiers et nuisent à la qualité du journalisme.
    A+ aux incos,
    Marie

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