Journal d’une pigiste ordinaire : entre glamour et réalisme

Un grand écart, un va et vient, vrai pas de deux qui me donne parfois l’impression d’un dédoublement de la personnalité ! pas facile de passer du dernier gloss à la mode au témoignage d’une ex femme détenue.
Et pourtant… c’est mon quotidien depuis bientôt 3 ans.
Il y a deux jours j’étais en pleine séance de mode pour un mensuel féminin avec lequel je travaille régulièrement depuis deux ans. Je croule sous les sacs vachette dernier cri, je souris, je m’amuse, enjoy crie le photographe ! Changement de décor, autre ton : il y a une semaine, je décroche un rv avec l’un des journalistes qui fait autorité dans ce métier à propos d’ un projet de reportage qui me tient à cœur, l’incarcération féminine. J’entre dans l’antre de Patrick de Saint Exupéry un peu comme on aborde une terra incognita, entre espoir et appréhension. Résultat de l’entretien, un rapide « continuez le terrain, faites votre métier ». Encourageant me disent les uns, à suivre me disent d’autres… Evidemment, tout ça sans aucun financement pour continuer le « terrain » justement… j’ai beau cherché, il n’y a aucune indication à ce sujet dans le fameux « guide de la pige »…quelqu’un pour m’aider ?
Accroche toi. Ce mot revient souvent dans la bouche de mes employeurs actuellement. Comme si c’était une sorte de gri-gri, un remède contre la crise. L’horizon ? Ce vendredi matin dans mon poste radio, les infos parlent encore de la montée du chômage.
J’alterne donc entre presse féminine et généraliste, du terrain et des paillettes. Du glamour et du vécu. Un vécu parfois brisé, en rupture… Ma vie de pigiste, je la joue morcelée, fragmentée entre shooting de mode et témoignages bouleversants souvent. Et l’envie malgré tout de continuer. Ce grand écart, ce pied de nez qui fait que je ne rentre pas dans une « case spécialité », je l’assume!
Demain, je vais devoir décrocher mon téléphone et convaincre les rédactions que « oui c’est un bon sujet, non je n’ai pas encore tous les témoignages, non je ne m’autofinance pas ».
Demain, il va falloir à nouveau prendre son courage à deux mains et ravaler sa fierté, parce que je l’aime ce métier. Se vendre disent-ils. En oublient-ils à ce point les gens autour , ceux qui vous font confiance et vous racontent leur vie sans fard?
Dernièrement je me suis amusée à décliner le verbe maroufler. J’aime les mots incongrus, inappropriés. Coller du papier sur une toile de renfort. Une définition qui en vaut une autre. Après tout, ma toile de renfort elle n’a t-elle pas les traits du glamour ?
C’est vrai, certains jours, un peu gris ou la tv assène la rengaine « c’est la crise », je suis lasse de courir la pige, lasse de jouer à pile et face, de passer du glam’ au réalisme. J’idéalise peut -être ce métier. Mais peut être pas…

karine

2 Commentaires

Classé dans La vie de la presse, La vie des Incorrigibles

2 réponses à “Journal d’une pigiste ordinaire : entre glamour et réalisme

  1. Maribo

    Bien vu ! Et pourtant, j’ai envie de te dire, c’est ça qui fait la richesse de ce métier : passer d’un univers à l’autre, rester ouvert sur le monde. Oui accroche toi car, comme pour tout, faire finit toujours par payer.

  2. Le Renard Sophie

    Eh bien moi qui commence ça me donne envie…Ce va et vient est une richesse! même si ce n’est pas facile à porter…et à vivre! Rien ne remplace le terrain, la relation à l’autre. Quand l’info est tellement formatée allez voir la vraie vie des vrais gens c’est la meilleure chose qui soit pour combattre les préjugés! Et puis un peu de glamour dans ce monde brut…

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