Déontologie à deux vitesses

Durant l’été, le pigiste que je suis se retrouve fort dépourvu de travail. En attendant de migrer sous d’autres cieux pour vérifier que les Alpes sont toujours au même endroit, j’en profite pour approfondir des projets perso (ça veut dire, en langage pigiste, explorer le bénévolat), pour préparer la rentrée (tenter de contacter les rares chefs de services ou rédac chef encore à Paris) ou, plus simplement, butiner sur Internet (faire passer le temps). C’est exerçant à cette dernière activité que je découvre le site Ouvertures, auto proclamé « Le portail de l’honnête homme du XXIe siècle ». Une découverte. Et, ce 23 juillet, un article attire mon attention : « Quand la pub mouche la presse ». Et là, je me dis que j’ai bien fait de cliquer…

Rapide résumé de cette belle information sortie par le site et rédigée par Nathan Rouzeau : dans deux décisions du 28 avril 2009 (ici et ), le Jury de déontologie publicitaire (JDP), qui dépend de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (Arpp), a reproché à l’éditeur Play Bac de ne pas avoir affiché clairement la mention « Publi-reportage » sur des suppléments diffusés en 2008 dans le quotidien pour enfants L’Actu et financés par l’électricien EDF et le groupe Areva, constructeur de centrales et fournisseur de combustible nucléaire. La décision est consécutive à une plainte portée par le réseau « Sortir du nucléaire ».

Le JDP a estimé que l’éditeur de L’Actu n’a pas respecté les recommandations de l’Arpp : « Lorsqu’il s’adresse aux enfants, le caractère publicitaire du message doit être rapidement identifiable. »

Première réflexion : le besoin est tel pour les journaux de trouver des sources de financements qu’ils sont prêts à quelques « arrangements » avec la publicité pour faire passer des vessies pour des lanternes (ou, dans sa version médiatique, de la communication pour de l’information). Ceci dit, mon jugement ne porte pas sur l’ensemble de ce que publie L’Actu, dont la pédagogie reconnue a un intérêt certain pour sensibiliser les jeunes lecteurs à des sujets complexes.

Deuxième réflexion : il est assez amusant de constater que ce n’est pas une instance de régulation de la presse qui a mis à l’index le groupe de presse mais bien une institution consacrant son travail à la déontologie de la… publicité ! Le monde à l’envers, non ?

Troisième et dernière réflexion : François Dufour, que nous avons longuement entendu lors des Etats généraux de la presse écrite l’hiver dernier, est directeur de la rédaction des quotidiens du groupe Play Bac, et il s’est fait le pourfendeur des mauvais journalistes, notamment à travers un ouvrage récemment sorti en librairie. Bel engagement en soi, car nous avons besoin de retrouver des règles professionnelles dignes et une déontologie à la hauteur de l’enjeu d’une information de qualité. Mais, avouons-le, il y a quelque chose d’ironique, pour ne pas dire de désespérant, de voir comment un discours vertueux peut abriter des pratiques qui le sont beaucoup moins.

Pour restaurer la confiance entre lecteurs et journalistes, il existe certainement d’autres moyens, non ?

Bonne vacances avec plein de belles lectures.
Manuel

1 commentaire

Classé dans La vie de la presse

Une réponse à “Déontologie à deux vitesses

  1. Marc Mentré

    Le rédacteur en chef d’Ouvertures n’est autre que Jean-Luc Martin-Lagardette, l’auteur de « L’information responsable ».
    En tout cas, tout cela montre l’urgence de créer une instance de déontologie pour les médias.

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