Un Fonds pour le reportage et l’investigation ?

Comment financer ses reportages quand on est pigiste ? Pas simple…

Sur ce sujet, voici un texte que les Incorrigibles avaient élaboré en 2007 dans le cadre d’un atelier intitulé « Pigistes : les invisibles de la presse » lors des Assises du journalisme. Nous pensons qu’il n’a pas vieilli. Voilà pourquoi nous vous le proposons à la lecture. A vos commentaires !

« Le constat est alarmant : la qualité et la diversité de l’information en France sont en danger. Outre les exigences marketing des médias qui affadissent les sujets traités (ou en occultent carrément d’autres), l’information pâtit de la quasi impossibilité pour un journaliste-pigiste de se faire financer (totalement ou en partie) un reportage à l’étranger ou une enquête en profondeur nécessitant de nombreux déplacements ou tout simplement du temps.

Les journalistes-pigistes (rédacteurs et photographes) doivent bien souvent payer de leur poche le travail en amont car les rédactions ne s’engagent plus, ne prennent plus aucun risque. Le pigiste n’a donc qu’un choix : effectuer son reportage, rembourser ses frais grâce à une première publication, se payer un salaire minimum avec une deuxième vente et, s’il y réussit, gagner enfin un peu d’argent lors des reventes suivantes.

Ce système, au-delà de maintenir une partie de la profession dans une pauvreté évidente, ne favorise pas la diversité et l’originalité de la presse française puisqu’un sujet identique, bien que remanié à chaque fois (si le pigiste demeure consciencieux !), sera publié dans différents supports. Et c’est surtout là que le bât blesse.

Produire une information de qualité

Pour maintenir une diversité et une création de bon niveau, la production audiovisuelle possède ses aides via le CNC (aide à la préparation, aide à l’écriture…). Pourquoi ne pas imaginer un dispositif s’en inspirant et appliqué à la presse écrite et radiophonique ? Pourquoi ne pas imaginer un Fonds pour le reportage et l’investigation – que nous appellerons le FRI en clin d’œil au « free » anglais – destiné à aider les journalistes pigistes et photographes de presse à financer leurs reportages et leurs enquêtes au long cours ? Avec un but : que la presse produise à nouveau une information d’une plus grande qualité.

Pour retrouver cette information au-dessus de tout soupçon, exigeante et variée, vérifiée et diversifiée, il convient donc aujourd’hui d’inventer de nouvelles formes de production. Sur le modèle des aides versées par le CNC, le Fonds pour le reportage et l’investigation (FRI) sera une sorte de bourse permanente permettant aux journalistes et photographes professionnels de financer leurs projets en attendant de les vendre aux médias intéressés. Ce fonds aidera les journalistes de produire des sujets en profondeur dans une précarité atténuée et, donc, avec une indépendance essentielle à leur bonne réalisation. Cela leur évitera, du moins en partie, de penser rentabilité lorsque l’information exige de réfléchir qualité.

Financer un projet en fonction de sa pertinence journalistique

Le FRI possèdera un comité éditorial chargé de sélectionner les projets et les synopsis, qui devront répondre à un cahier des charges strict du point de vue journalistique. Ce comité éditorial pourrait être composé de journalistes « en poste » de différents niveaux hiérarchiques, de journalistes et photographes pigistes, de patrons de presse et de lecteurs. Il aura la charge également d’attribuer le montant du financement du projet en fonction de sa difficulté et de sa pertinence journalistique.

En outre, si des sujets sélectionnés et financés ne sont finalement pas publiés dans la presse malgré leur intérêt, le fonds pourrait les publier (contre rémunération) sur un site Internet et/ou dans un magazine dédié. Ceux-ci permettraient au public de lire (ou écouter) des sujets que la presse mainstream n’ose ou ne peux diffuser.

Ce fonds pourrait être abondé par la profession (journalistes et employeurs) via une cotisation sociale, par l’Etat grâce à une réorientation partielle de ses aides à la presse et par les régions (qui financent déjà la production audiovisuelle). D’autres pistes de financement peuvent être imaginées. »

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Classé dans La vie de la presse, La vie des Incorrigibles

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