De l’art de fabriquer un webdocumentaire

La réalisation d’un webdocumentaire suppose de nouvelles formes narratives. Un genre journalistique qui offre un bel espace de créativité, contraint par un modèle économique balbutiant.

L’univers du webdocumentaire est un Far-Web où tout reste à créer : l’écriture, l’interface, le modèle économique.

Tel est le principal enseignement d’une table-ronde organisée au Figra sur « le webdoc : les nouvelles formes narratives du documentaire, de l’écriture à la production », en présence de Vincent Leclercq, directeur général du pôle image Nord Pas-de-Calais, Marco Nassivera, rédacteur en chef d’Arte reportages, Alexis Delcambre, rédacteur en chef du Monde.Fr, Laetitia Moreau, réalisatrice et Alexandre Brachet, directeur d’Upian (de gauche à droite sur la photo).

Le webdocumentaire en débat au Figra

Pas de recette miracle

« Il n’y a pas de règles. La seule règle, c’est de trouver les bonnes histoires », assène Alexandre Brachet. Selon Marco Nassivera, « nous travaillons sur une matière journalistique, mais nous n’écrivons pas de la même manière, ce nouveau média offre d’autres possibilités. Il faut se méfier de vouloir donner des codes, chaque production est différente. On peut rendre l’internaute plus ou moins acteur, mettre du son, de l’image, etc ». A chaque auteur donc, de savoir mêler les genres journalistiques (écriture, sons, photos, vidéos), de dessiner une interface qui sert au mieux l’histoire, de jouer sur l’interactivité avec l’internaute. Car comparé à un documentaire classique, un webdocumentaire rend le spectateur plus actif. « Dans un webdocu, c’est l’internaute qui décide. La liberté laissée aux spectateurs représente un vrai défi », considère Vincent Leclerq.

Une interface qui sert l’histoire

Tout ou presque est permis ! La réflexion sur les formes, le design devient alors aussi importante que la réflexion sur les informations données. Dans « le challenge », l’enquête interactive de Laetitia Moreau sur le procès du pétrole en Equateur opposant la multinationale Chevron-Texaco à un groupe de paysans et d’indiens, l’internaute se fond dans la peau d’un journaliste indépendant. Il peut soit consulter des archives, soit avancer dans l’enquête. La réalisatrice définit son œuvre comme « un webdocu interactiviste, qui a donné naissance à une association de soutien au combat de la population locale ». « Gaza Sderot la vie malgré tout » a choisi une interface sobre, avec une ligne rouge comme symbole du mur de séparation entre palestiniens et israéliens. « La zone », une exploration de la zone interdite de Tchernobyl, propose plusieurs entrées ouvrant sur des reportages photographiques. « Par définition, l’interface idéale n’existe pas, nous allons l’adapter à chaque auteur. Nous faisons en sorte que l’interface porte l’histoire, d’où l’importance du métier de webdesigner », explique Alexandre Brachet.

Le webdocu réunit journalistes, designers, informaticiens

Comparé à la fabrication d’un documentaire, celle d’un webdocu agrège des métiers d’un genre nouveau. Le journaliste travaille de conserve avec graphiste, webdesigner et développeur informatique.

« La réalisation d’un webdocu suppose de réunir autour d’une table des professionnels d’univers différents : des journalistes qui savent raconter une histoire, des informaticiens qui vont trouver une interface, d’autres qui viennent d’univers plus ludiques comme le serious games », observe Vincent Leclercq.

Revenant sur « manipulations », un webdocu sur l’affaire Clearstream, Alexandre Brachet témoigne : « Les premières semaines, on a passé notre temps à tout décortiquer. Pour retranscrire ce sac de nœud, un graphiste a travaillé 7 semaines, nuit et jours, en dialoguant constamment avec l’enquêtrice ».

Modèle économique balbutiant

Un travail titanesque, encore mal récompensé. Car le modèle économique reste quasiment inexistant. Aujourd’hui, les plus petits budgets se situent entre 30 à 40 000 euros. Gazasderot a coûté 216 000 euros, dont 90 000 financés par le CNC, 46 000 par les coproducteurs ; Manipulations sur Clearstream 300 000 euros, dont 120 000 par France Télévisions. Pour Vincent Leclercq, « tout est à inventer, y compris le modèle de financement ». « Il n’y a pas d’économie viable aujourd’hui, c’est au service public d’assurer pour l’instant cette mission, mais peut-être le privé finira t-il par y mettre de la pub », espère Marco Nassivera. A voir.

 

Sarah Delattre

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