C’est le « buzz » du moment sur la planète journalisme : fallait-il ou pas dénoncer les pédophiles rencontrés lors d’une « enquête » de l’émission Les Infiltrés, diffusée par F2 (service public) et produite par Capa ?
Une autre question, avant de répondre : il me revient en mémoire un épisode de la même émission où la journaliste «infiltrée » (je croyais que ce terme était réservé aux flics dans la mafia, mais j’ai dû manquer un épisode…) avait été témoin de maltraitance sur des personnes âgées dans une maison de retraite. Pourquoi, cette fois-ci, ne pas avoir appelé la police pour dénoncer les individus responsables de ces violences ? La vie ou la santé d’un vieux vaut-elle moins que celle d’un enfant ?… Passons.
Le problème posé ici porte avant tout sur le bien fondé ou non d’une telle émission. Pour réaliser du bon travail, le journaliste doit-il, bien caché derrière des lunettes high tech qui font caméra et micro (vive le progrès !), se faufiler dans les milieux les plus interlopes possibles (ça fait de l’audience, coco !), raconter des mensonges et se faire « passer pour » – au choix – un pédophile, un dealer, un marchand de sommeil, un banquier véreux, un politicien corrompu ?
Ou doit-il garder une distance avec son sujet, interroger à visage découvert les protagonistes, aller sur le terrain, relancer un témoin récalcitrant et le convaincre de l’intérêt de son sujet, éplucher des documents, porter son regard sous différents angles ? En bref : prendre le temps d’enquêter (et y mettre les moyens).
Pour ma part, ma religion en la matière est faite. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi ce métier : pour regarder et transmettre le monde avec la plus grande honnêteté possible. Sans me cacher.
Manu
Pauvre journalisme… Pauvre spectacle… C’est désolant… Entre les Infiltrés et HD Définition (TF1) qui a diffusé Mes voisins sont des dealers la semaine dernière, c’est vraiment à celui qui emploiera les techniques les plus viles pour être vu.
De la soupe pour la Présidentielle.
Comment imposer des limites à ces dérives qui violent l’éthique dont nous sommes censés nous faire les pourfendeurs?
Marie
Pas contre, pas pour "l’infiltration". Cette méthode n’est qu’un moyen, parfois redoutable d’efficacité et plus parlante que tout. Après comment la chose est montrée, montée, le choix des sujets c’est une autre histoire. Je n’ai pas suivi l’affaire ci-dessus mais je me dis que dans la mesure où l’on affiche pas son vrai visage, on peu réagir en simple citoyen et choisir de dénoncer ou non. Avec des contacts à visage découvert, devoir de réserve obligé, non?
Hervé.
Pour ma part, j’estime qu’il faut des limites à l’intrusion télévisuelle et toutes les dérives qui en découlent. Quand la télé ne peut pas traiter d’un sujet pour des raisons de sécurité ou d’anonymat et bien qu’elle ne les traite pas ou qu’elle utilise des méthodes moins racoleuses que la caméra cachée. La presse et la radio servent aussi à çà : se substituer à la télé quand celle-ci ne peut pas faire son travail. Si on veut s’informer correctement sur ces sujets importants de la société, rien de tel que de lire un bon article approfondi plutôt que regarder comme un mateur un témoignage volé. C’est aussi une question d’éthique et de confiance. A partir du moment où tout le monde filme tout le monde sans prévenir, c’est le début de la fin! La subtilité ça existe aussi et c’est souvent plus percutant. Mariebo.
Tiens, moi ça me fait penser que je bosse pour un guide de voyage et que "j’inspecte" les lieux toujours incognito. Jamais je ne me présente et pourtant je rends compte par la suite à des milliers de lecteurs.
Bon, mais sur mes feuilles de paye, il n’y a jamais marqué Journaliste.
Juju
Juste pour info, le reportage des "Infiltrés" sur la maison de retraite a donné lieu à une enquête de la Ddass et à la fermeture du dit temple des horreurs. Comme quoi, avancer masqué, ça sert aussi.
Merci Emma pour cette précision. L’ouverture d’informations judiciaires est un phénomène largement observé à la suite d’enquêtes, qu’elle soient financières ou autres. Il me semble que "l’infiltration" n’est pas nécessaire – ou du moins doit demeurer une exception – pour que la justice se saisisse de dossiers comme celui que tu évoques.
De plus, dans ce cas, la journaliste n’avait pas appelé la Ddass pour "dénoncer" les maltraitants. Il y a bien eu, dans ce cas là, une frontière entre le travail de journaliste et celui d’auxiliaire de police.
Manu